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Suidakra
  Crógacht :: 23 février 2009

Les légendes scandinaves abordent souvent les thèmes des grandes expéditions, des explorations et des découvertes, et cela correspond parfaitement à l’image de Suidakra. Mine de rien, le groupe allemand a été un pionnier dans le domaine du folk metal, en prenant le risque de combiner des genres musicaux (notamment le death metal mélodique et la musique celtique), il y a de ça une quinzaine d’années. Fondé en 1994, le groupe a traversé de nombreuses périodes de recherches et de métamorphoses avant d’adopter la sonorité « écossaise » qui fera sa renommée. Et avec ce neuvième album intitulé Crógacht (« courage » en gallois), il est évident que Suidakra garde le cap dans la direction entamée par Caledonia, paru en 2006. Album concept qui raconte encore une fois l’épopée d’un véritable héros de la mythologique irlandaise, Crógacht laisse effectivement une grande place à la musique folk (avec la guitare acoustique omniprésente) et même à la cornemuse. Je ne pensais jamais écrire cela dans une critique un jour, mais lassez-moi vous dire que l’amalgame guitare électrique et cornemuse peut être étonnamment efficace et entraînant.  D’ailleurs, un joueur de cornemuse professionnel participe désormais aux spectacles plus importants du groupe, comme quoi cette combinaison est vraiment gagnante.

L’album commence donc avec une bonne pièce instrumentale qui donne le ton, et continue ensuite avec trois pièces solides. Conlaoch donne d’ailleurs une très bonne idée du contenu de Crógacht : riffs de guitare plutôt réussis, refrains accrocheurs qui doivent sonner très bien en spectacle, bon équilibre entre les passages effrénés et les ralentissements, claviers occasionnels… Isle Of Skye, la pièce suivante, est quant à elle assez amusante avec ses refrains en chœur qui la font pencher bien plus du côté folk. Et malgré des passages dominés par le piano et la guitare acoustique, la guitare électrique y est tout de même assez puissante pour plaire aux amateurs de métal plus traditionnel. C’est toutefois avec Scáthach que le mélange guitare/cornemuse atteint son paroxysme. Une belle pièce plus lourde qui conclut très bien la première partie de l’aventure.

Rendu à ce point, la personne qui écoute l’album pour la première fois a certainement l’impression qu’il ne contiendra que des pièces semblables, et que Crógacht est en fait le plus brutal des disques de Suidakra. Erreur. Les chansons suivantes laisseront une plus grande place à la mélodie, aux tempos plus lents et aux inspirations celtiques. Par exemple, Feats of War est une courte pièce chantée par une artiste invitée, dont la musique rappelle plus le groupe de folk rock Blackmore's Night que n’importe quel groupe métal. Même chose pour Ár Nasc Fola, une pièce instrumentale de trois minutes où le banjo et la flûte occupent une grande place. Personnellement, j’aurais pu m’en passer. Non pas parce que cette pièce ralentit considérablement le rythme de l’album (quoique ça en découragera certainement plus d’un), mais bien parce qu’elle est tout simplement ordinaire.

Heureusement, l’album reprend du poil de la bête vers la fin. Malgré un début tout calme, Shattering Swords prend une tournure assez agressive, ce qui fait du bien après la série de chansons plus calmes. Il s’agit par ailleurs du premier extrait de l’album, un choix discutable car ce n’est certainement pas la meilleure, ni la plus accrocheuse. Rien de nouveau du côté des riffs, de la structure de la chanson et de la performance vocale. Bien plus intéressante, Gilded Oars marque là où Shattering Swords se plante. Les changements de rythme sont réussis, le chanteur et guitariste Arkadius nous montre finalement ce qu’il a dans le ventre, l’influence celtique dans cette pièce véritablement métal est mieux dosée et l’énergie est enfin au rendez-vous. Meilleure chanson de l’album, elle représente bien tout le potentiel de Suidakra. Dommage que ce groupe n’arrive pas toujours à être à la hauteur de son propre concept! Finalement, l’album se termine avec Baile's Strand, une longue pièce dont l’efficacité est diminuée par des effets sonores et un passage narré franchement inutiles. Je sais, Crógacht est un album concept, mais la musique devrait toujours primer sur la structure narrative! C’est dommage, car cette chanson demeure l’une des plus riches et musicalement intéressante de l’album.

Enfin, on ne pourra pas reprocher aux membres de Suidraka de manquer de persévérance et d’audace. Après neuf albums en quatorze années d’existence, ils ont vraiment déniché un son intéressant qui leur est propre et sont même parvenus à démontrer que la cornemuse et la flûte ont bien leur place sur la scène métal. Cependant, avec sa durée décevante de 40 minutes et les performances vocales fort banales d’Arkadius, Crógacht présente un peu trop de lacunes pour être vraiment à la hauteur des attentes. C’est pourquoi je vous conseille d’attendre d’être de bonne humeur avant de l’écouter… Cela vous permettra peut-être d’être indulgent envers les défauts de l’album, et d’apprécier davantage ses bons passages!

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Critique par Hugo Vandal
Note 6.5
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