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Guns N' Roses
  Chinese Democracy :: 23 novembre 2008

Lorsque vous croiserez une poule sur votre chemin, prenez garde car il se peut qu’elle ait des dents et que le calendrier indique que la dernière semaine du mois de novembre 2008 est celle des quatre jeudis! C’était inévitable, il fallait bien que cette critique commence avec une blague d’attente interminable puisque c’est exactement ce à travers quoi les amateurs de Guns N’ Roses auront eu à passer avant d’enfin pouvoir tenir entre leurs mains le successeur en règle aux deux volets de Use Your Illusions. Ironiquement, il aura effectivement fallu que les fans de Guns N’ Roses se servent de leur imagination et de leurs illusions pour s’évader dans un monde dans lequel Axl réussirait à rencontrer les attentes qu’ils auront eu le temps de construire pendant plus de 15 ans. En fait, Chinese Democracy arrive alors que l’album ressemble déjà à une vieille nouvelle. Malgré toute la publicité et l’anticipation par rapport à cet effort, une chose est claire : le nouvel album de Guns ne brouillera jamais l’eau autant que la pluie en novembre!

Pour ceux qui n’ont pas suivi le roman savon sur les tribulations du groupe depuis les 15 dernières années, rappelons que la formation qui nous avait offert l’essentiel de la discographie de Guns n’est plus. En effet, de cette ère ne reste que l’illustre chanteur Axl Rose et le beaucoup moins notoire Dizzy Reed au clavier. Reconnaissons que depuis sa formation au milieu des années 80, les rennes de la bête qu’est Guns N’ Roses sont tirés par Axl Rose mais avouons que même le plus grand des généraux ne va pas à la guerre sans son armée. Pourtant, même si une légion de musiciens compétents s’est jointe à Axl dans sa croisade pour l’album qui se veut son retour tant attendu, Chinese Democracy ne consiste pas en un effort de groupe pour autant. La liste des différents collaborateurs sur chaque chanson est certes impressionnante, mais c’est parfois à se demander ce qu’ils ont réellement apporté à la chanson. Par moment, on dirait une bande de décrocheurs du secondaire qui ont décidé d’essayer d’écrire de la musique autour d’un pichet de trop. Dans le chaos compositionnel que constitue Chinese Democracy règne un climat d’immaturité très présent.

L’écoute de Chinese Democracy est comme un tour de manège pour lequel l’entretien préventif n’a jamais été fait. Par moment, le roulement est fluide et agréable, jusqu’à ce que ça accroche et que le son des engrenages qui s’effritent donne l’impression que tout va bientôt dérailler. Le premier extrait radiophonique et pièce titre de l’album, Chinese Democracy, ouvre sur un tempo plutôt entraînant, en présentant une attitude arrogante et un côté malpropre typique au Guns N’ Roses des belles années. Bien que cette ouverture n’en soit pas une particulièrement mémorable, une légère dose d’optimisme pourrait laisser présager une pente montante pour les autres titres à venir. Pourtant, le premier vallon creu de ces montagnes russes arrive avec la contradictoire Shackler’s Revenge. Pour une chanson qui promet un peu d’agressivité avec son titre, elle parvient à peine à maintenir l’intérêt éveillé par le titre la précédant. Pour ne pas faire de jeu de mots douteux, c’est à l’écoute de Better qu’il est possible de penser que le meilleur est à venir. D’ailleurs, c’est à se demander pourquoi ce tube n’a pas été choisi comme premier extrait. Cette chanson comporte la performance vocale la plus inspirée sur l’album à ce point et des arrangements de guitare très intéressants. Même s’il est très difficile de les différencier, Buckethead et Robin Finck font un excellent travail induisant une saveur virtuose dans la musique de Guns.

Depuis ses débuts, ce groupe a la réputation de composer d’excellentes ballades qui parviennent toujours à créer un pont entre les rockeurs au cœur tendre et l’émotivité féminine. À cet effet, Streets of Dreams, This I Love et Sorry sont tout de même des réussites. Sans arriver à la cheville de November Rain, Patience ou Don’t Cry, ce sont quand même de bons exemples de ballades puissantes qui s’écoutent très bien. Particulièrement sur Streets of Dreams et This I Love, Axl démontre qu’il est encore capable de nuancer sa voix pour passer des émotions de façon très efficace. Si un étrange vide est laissé par l’absence du jeu de guitare de Slash sur Streets of Dreams, tous les ingrédients se rencontrent dans This I Love, qui est définitivement la meilleure pièce de Chinese Democracy et la seule qui pourra se voir pardonner l’attente de 15 ans.

On se souvient que Guns N’ Roses avait révélé un côté plus expérimental sur les albums Illusions. Cet esprit voyageur semble être de retour tout au long de Chinese Democracy et se fait spécialement sentir vers le milieu de l’album à l’écoute de If the World et de There Was a Time. La première, qui surprend légèrement avec des mélodies de chant un peu trop extravagantes pour ne pas laisser transparaître le vieillissement de la voix nasillarde d’Axl, comporte un excellent solo de guitare acoustique et présente une légère saveur de rock psychédélique des années 70 qui se marie très bien à la direction musicale entreprise par Gn’R. À son tour, There Was a Time est l’un des joyaux cachés avec sa petite saveur épique et son solo qui s’étire pour être le meilleur de l’album. S’en suivent trois titres plutôt laborieux qui alternent des passages plus entraînants avec des moments carrément douteux. On pense au début de Scraped, qui met en vedette des vocalises rien de moins qu’embarrassantes de la part d’Axl. Pourtant, cette chansons s’avère être l’une des plus lourdes de l’album. Catcher in the Rye et Riad N’ the Bedouins sont deux bons exemples de chansons à écouter lorsque nous ne sommes qu’à moitié attentifs. Ces deux morceaux ne sont même pas comparables aux moins bonnes chansons du vieux catalogue de Guns.

Heureusement que les titres I.R.S., Madagascar et Prostitute sont là pour empêcher Chinese Democracy de mal se terminer. I.R.S. semble être le dernier extrait en ce qui a trait aux pièces plus lourdes. Encore une fois, Axl fait un bon travail à complémenter la musique de sa voix exceptionnelle. D’ailleurs, cette voix et les idées qui vient de celui qui la manipule font en sorte que, même en 2008, Guns N’ Roses est encore un groupe unique en son genre. Rien ni personne ne s’est jamais rapproché du son de Guns. Dans les meilleurs efforts autant que dans les moins bons, l’originalité d’Axl et compagnie n’est pas à discuter. Dans le département des pièces épiques, Madagascar est à Chinese Democracy ce qu’Estranged était à Use Your Illusions II, mais à moindre mesure. Comme pour plusieurs pièces sur l’album, les paroles de Madagascar semblent être légèrement autobiographiques et impliquent Axl à un niveau plus personnel, rendant sa performance crédible et touchante. Protitute, quant à elle, vient clôturer le tout de façon honnête, sans tambours ni trompettes.

En gros, pour l’auditeur patient, Chinese Democracy se résume à un effort chaotique sur lequel il est possible de trouver des bons tubes et quelques bonnes idées. Pour ceux qui ont un peu moins de temps à perdre et qui recherchent les sensations fortes instantanées, il y a beaucoup trop de bon rock paru cette année pour s’attarder à Chinese Democracy. Évidemment, la nostalgie appellera probablement l’amateur de longue date à se procurer l’album. Par contre, il ne faut pas s’attendre à un Use Your Illusions III, ni un Welcome Back to the Jungle, il faut plutôt s’attendre à un Guns N’ Roses qui a tenté de s’actualiser, faire peau neuve. Étrange que tout autour de cet album ait pris des proportions titanesques pour en arriver à un produit si minimaliste. La longueur de l’attente, l’ampleur des polémiques à son sujet, la campagne publicitaire massive, l’implication dans l’industrie du cinéma et des jeux vidéos et la mise en marché ne trouvent définitivement pas leur égal dans le produit final. Beaucoup de bruit pour un album aussi moyen…



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Critique par Fred Laroche
Note 6
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