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Evergrey
  Torn :: 30 septembre 2008

Le métal est une musique qui peut être présentée sous une gamme infinie d’ambiances différentes sans perdre un seul brin de crédibilité. Tantôt festif, tantôt engagé, parfois contestataire, souvent lourd… il semble qu’il y ait autant de tonalités à donner à la musique métal qu’il y a de sous-genres à énumérer. Peut-être le climat scandinave a-t-il une influence sur les artisans de la scène puisque c’est la Suède qui a vu naître ce groupe dont l’humeur est tout simplement trop bien illustrée par le nom : Evergrey.  Après la parution d’un effort qui aura engendré des réactions partagées en Monday Morning Apocalypse, le groupe revient avec un septième album en même temps que la pluie, la brume et le vent d’automne. Un hasard ? Peu probable…
 
Alors qu’apparaissent les couleurs dans les arbres, Evergrey nous revient, avec un peu de fraîcheur à ses rangs, mais plus gris que jamais. En effet, avec du nouveau sang pour animer les battements de son cœur noir en la personne de Jari Kainulainen, anciennement de Stratovarius, le groupe présente son premier enregistrement sur sa nouvelle étiquette, SPV. Pourtant, la nouveauté ne semble pas avoir empêché Evergrey de faire un pas en arrière et de revenir à un son qui leur est déjà connu, soit un son se rapprochant des deux albums qui ont propulsé le groupe à d’impressionnants sommets, Recreation Day et The Inner Circle. Le rythme s’est légèrement ralenti, l’ambiance s’est assombrie et la production est redevenue d’une clarté feutrée et précise.
 
C’est avec Broken Wings que s’ouvre Torn, laissant une excellente idée de la tonalité générale de l’album. Comment diable est-ce qu’Evergrey parvient à dégager une énergie flamboyante dans une musique aussi sombre ? Peu importe, la recette fonctionne à merveille. Trois ingrédients primordiaux de la musique des Suédois évoluent sur Torn : le jeu de guitare très lourd, le clavier mélodieux mais ambiant et la voix distinctive de Tom S. Englund. Reconnaissons la tendance de ce dernier à dangereusement s’approcher du mélodrame quand vient le temps de faire passer une émotion. Puisque les paroles d’Evergrey appellent souvent à ce genre de voix, il est facile de conclure que la fusion entre la musique, la passion lyrique et la voix est parfaite. Le second titre, Soaked, est un excellent exemple de toutes ces facettes mises ensembles.
 
Tout bon album se doit d’absolument avoir besoin d’un sommet, un point culminant, un orgasme auditif… Dans le cas de Torn, ce n’est pas plus tard qu’à la troisième pièce que tout prend son sens. Après avoir tapé du pied sur Broken Wings et avoir été ému par le refrain touchant de Soaked, Fear saute à la gorge avec les dents sorties et une haleine de venin! Le riff d’ouverture de Fear est un succès à lui seul. Un peu plus complexe que la moyenne des jeux de guitare dans Evergrey, ce passage surprend et donne du mordant à l’album tout entier. La table est mise, on sait de quoi il est question, il ne reste plus qu’à poursuivre l’écoute, qui se veut prometteuse.
 
En effet, le reste de l’album n’offre aucune déception réelle. Il regorge de mélodies tout aussi touchantes que mémorables, de refrains accrocheurs et de solos flamboyants. Les pièces sont toutes bonnes dans leur individualité mais c’est lorsque mises ensembles sur un seul disque qu’elles semblent perdre légèrement de leur saveur. Comme des légumes qu’il ne faut pas faire cuire dans la même poêle en cuisinant, les chansons sur Torn s’effritent les unes sur les autres, faisant des premières écoutes une expérience quelque peu monotone. N’étant pas nécessairement un défaut en soit, mentionnons que l’appréciation pour cet album est plutôt progressive et non instantanée. Pourtant, même après plusieurs écoutes, il semble toujours  manquer quelque chose. Une hypothèse pourrait aller dans le sens que l’inspiration peut avoir manqué à un certain point. Une autre pourrait pointer en direction de ce qui a fait de The Inner Circle un album aussi marquant : le concept. Rappelons-nous aussi de l’excellente Recreation Day, qui relatait l’état d’esprit d’une victime d’abus sexuels. Rappelons-nous aussi le concept entier de The Inner Circle, qui tournait autour de la soumission d’un individu à un culte religieux. Peut-être l’inspiration de Tom S. Englund s’enflamme-t-elle particulièrement lorsque ce dernier s’aventure dans des sujets qui le touchent?
 
Quoi qu’il en soit, Torn est un effort qui ramène le groupe sur le chemin sur lequel il risque de rencontrer beaucoup plus les attentes de ses amateurs. Monday Morning Apocalypse n’était pas un mauvais effort mais son contraste en sonorité et en ambiance était drôlement déconcertant. Encore et toujours, il est de mise de se tenir bien loin d’Evergrey lorsque l’on traverse une période éprouvante! L’amertume et l’ambiance défaitiste de la musique d’Evergrey pourraient s’avérer un cocktail dangereux. Pourtant, il est difficile de ne pas se laisser hypnotiser par les crochets auditifs de ces Suédois. Aurait-on vraiment une attirance vers le poison qui nous brûle?

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Critique par Fred Laroche
Note 7
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