Vous souvenez-vous de la fois où vous aviez tellement envie d’une bonne bière que le bar le plus proche vous semblait introuvable à moins de 666 kilomètres à la ronde? Vous aviez tellement envie d’un breuvage à bulles que vous vous êtes rendu au dépanneur du coin chercher une caisse de six bouteilles de Milwaukee’s Best Dry? Vous pensiez probablement être le seul à vivre cette détresse. N’ayez crainte, les Allemands du groupe Tankard comprennent ce que c’est d’avoir la soif. En support à tous les amateurs de thrash qui aiment la bière plus que leur mère, Tankard lance son 13ième album, dûment intitulé Thirst. À une parution de trop pour que les vides rentrent dans une caisse de 12, est-ce que ces Allemands auront le foie pour se rendre à 24 albums? Inutile de regarder trop loin dans le futur, ceux qui ont soif le savent, c’est le moment présent qui compte.
Lorsqu’on ouvre une caisse de bière, il n’y a pas vraiment de place pour les surprises. En effet, on aura bien beau prendre les bouteilles de façon aléatoire, toujours est-il que le contenu ne changera pas pour autant. Les albums de Tankard suivent le même principe. N’attendez pas de surprises, n’attendez pas de feu d’artifices ou de fanfares, c’est du métal qui se rend d’un point A à un point B en laissant derrière lui une forte odeur tavernière, point! Même après plus de 25 ans de débauche, Tankard nous offre encore le même métal honnête et authentique qu’à ses débuts. À première vue, la musique peut sembler un peu simpliste mais l’efficacité est au rendez-vous. Généralement rapide, la musique sur Thirst s’enligne directement avec celle des albums Beast of Bourbon ou The Beauty and the Beer. La même chose peut être dite au sujet de la production, pour laquelle Andy Classen semble avoir verrouillé les boutons de sa console en place pour les trois albums.
Dès qu’il est question de métal, une foule de sujets clichés s’entremêlent pour créer un effet rassembleur. Avec Tankard, il est question de femmes, de bière, et de "chars"! Oubliez les balades main dans la main avec votre copine. Oubliez les récits glorieux du guerrier qui pourfend le dragon pour sauver la princesse. Oubliez les histoires de démons qui violent votre mère. Mettez-vous plutôt dans la peau du pire ivrogne décrocheur sans estime de lui-même et imaginez-vous vivre une journée dans sa peau, vous vivrez le contenu lyrique de l’album Thirst en direct! En effet, la déchéance commence avec Octane Warriors, qui se veut un hymne aux brûleurs de pneus! Cette première chanson ouvre l’album de façon assez convaincante avec un rythme rapide et des riffs accrocheurs. On y retrouve d’ailleurs là tout le charme de Tankard : juste comme on a l’impression qu’un passage manque d’inspiration ou semble répétitif, une simple harmonique bien placée aura vite fait de faire grimacer tous les buvards joueurs de "air guitar" de la planète. A peu près toute la musique sur Thirst est ainsi construite. Deposit Pirates est un autre bel exemple de cette structure.
Pourtant, même s’il sera gravement exagéré de parler d’expérimentation, le groupe parvient tout de même à introduire certaines petites touches afin de s’assurer que son auditoire ne se lasse pas. À la première écoute, l’ensemble de l’album est très consistant mais dangereusement linéaire. Ce n’est qu’après quelques essais supplémentaires qu’on remarque les subtilités qui démontrent que les 25 ans d’expérience du groupe leur auront tout de même appris quelque chose. Dans le premier extrait, Stay Thirsty, on remarque un côté plus complexe dans le jeu de guitare. Également, la très tordue mais excellente When Daddy Comes to Play surprend à sa toute fin alors qu’une chorale de non-buveurs se joint à Tankard pour entonner cet hymne pervers. Au fait, pour ceux qui se posent la question, l’expression "non-buveurs" réfère ici à des enfants!
Comme il est coutume sur tout album de Tankard, l’humour est au rendez-vous. On pourrait même aller jusqu’à dire que les membres du groupe prennent leur humour au sérieux! En effet, malgré son titre risible, Myevilfart demeure une très solide pièce de thrash qui vaut entièrement le détour. Le dernier tube de l’album, Sexy Feet Under, avec son titre qui dénonce une fois de plus la nature maléfique de certaines membres de la gente féminine, clôture en force ce nouvel album tout en se moquant complètement d’un sentiment de défaite que plusieurs hommes éprouvent à la simple vue d’une femme hors de leur calibre!
Même après 25 ans de fête, les Allemands de Tankard brassent encore leur cage! Thirst est un autre bon album qui parviendra à maintenir la crédibilité du groupe. Bien que linéaire et un peu simple, Thirst est un album qui vaut le détour, ne serait-ce que pour le plaisir! En effet, le côté divertissant de cet album compense amplement ses carences techniques. On a tous besoin dans notre collection d’un lot d’albums qui s’écoutent bien, sans se poser de questions. Thirst est exactement ce type d’album. Une vraie trame sonore pour une soirée arrosée!