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Keep of Kalessin
  Reptilian :: 23 juin 2010

Lorsqu’un groupe acquiert assez de maturité pour prendre son envol sur la scène internationale, il arrive qu’il y ait un contraste, voire un détachement du style que le groupe pratiquait initialement. Les amateurs de longue date de Keep of Kalessin vous le confirmeront puisque le groupe a drôlement évolué depuis ses débuts. Flirtant toujours ingénieusement avec la mélodie, le groupe parvenait à établir un bon équilibre entre la brutalité, l’atmosphère et l’efficacité. De retour avec le successeur en règle à Kolossus, Keep of Kalessin semble avoir complètement foutu en l’air cet équilibre, pour en arriver à un album qui réinvente les standards de la bipolarité. Est-ce nécessairement une mauvaise chose ?  Ça dépend de la focalisation de chacun. Chose certaine, il y a du bon et du mauvais dans cet opus qui s’intitule Reptilian.


Dès les premières notes, l’album rugit. On pourrait presque dire qu’il décolle en lion mais, à en juger par la pochette, il serait plus juste de dire qu’il décolle en dragon. Les accents de Black Metal infusés de Death mélodique auxquels le groupe nous a habitué par le passé sont bel et bien présents, agrémentés de quelques vicieuses influences de néo-thrash scandinave. Dans Dragon Iconography, le mélange est parfait. Les riffs sont bien agencés, la batterie est déchaînée, les arrangements vocaux sont malsains… bref, cette première chanson est une foutue belle lancée ! Pourtant, on est vite plongé dans la confusion avec la chimère difforme qui suit. Étrangement, The Awakening comporte plusieurs éléments qui en auraient fait un hymne de Black Metal mémorable mais les influences divergentes et la tendance à s’éterniser amoindrissent son impact. En quelque part au début de la pièce, on croirait entendre un riff et une ambiance sortis tout droit de Storm of the Light’s Bane de Dissection, alors que son refrain ressemble aux accalmies de l’album Low de Testament. Le mélange semble étrange ? Ça l’est !


Et pourquoi ne pas revenir en brutalité ? C’est ce que Judgement fait immédiatement après. Heureusement, si  l’expérience de la pièce précédente sème la confusion chez certains, ce troisième morceau, lourd et ambitieux, remettra les idées en place ! On y retrouve encore beaucoup d’influences thrash et quelques prétentions mélodiques mais rien de vraiment déplacé.  En fait, la grosse surprise réside dans la voix, qui fait une première excursion dans le chant plus clair, du moins plus clair que ce que le groupe avait fait à ce jour.  Jusque là, ce sont des montagnes russes, rien de vraiment énervant, mais le plus gros risque de Keep of Kalessin enchaîne immédiatement.


Avant d’en faire un plat, rappelons que The Dragontower est la chanson que Keep of Kalessin a utilisée pour sa participation au concours Melodi Grand Prix, organisé par Eurovision. Avec cette chanson, le groupe s’est mérité la troisième place. Il va donc sans dire que sa structure et ses arrangements sont accrocheurs. Au final, The Dragontower pourrait être l’une des meilleures idées que le groupe ait eu, ou alors la pire. Elle aura vite fait de convertir plusieurs incultes alors que les amateurs de longue date seront complètement aliénés. Accrocheuse à souhait, cette pièce déborde d’exotisme avec ses saveurs moyen-orientales. Les arrangements de batterie sont entrainants et le refrain est infectieusement mémorable… et au cas où vous ne lisiez pas depuis le début, on parle bien du groupe de Black/Death métal du nom de Keep of Kalessin ici. Enfin, certains seront séduits, d’autres en feront des ulcères.


Comme si le contraste n’avait pas été assez grand, l’album revient avec un pièce guerrière du nom de Leaving the Mortal Flesh, qui forcera les fans aliénés par The Dragontower à se demander pourquoi le groupe n’a pas adopté cette approche sur l’album entier alors que les curieux attirés par le même titre se sentiront peut-être agressés par autant de brutalité. Décidément, il y a de quoi être perdu dans tout ça ! Oh, mais ce n’est pas tout. Imaginez-vous donc que Keep of Kalessin fait une brève excursion du côté obscur du Doom pour ce qui est très probablement la pièce la plus lourde du groupe à ce jour. En effet, Dark as Moonless Night a beau être la…‘’ballade’’ de l’album, elle est monstrueusement lourde et son rythme hypnotique ne la rend guère plus légère. Certains auditeurs se découvriront des muscles faciaux à force de grimacer au son de cet hymne au gras… s’ils peuvent passer outre le refrain chanté.


Bon, les exemples sont assez nombreux à ce point pour conclure que Reptilian est un album bipolaire qui risque de surprendre à peu près tous les types de fans de métal, que ce soit d’une façon agréable ou non. La créativité déborde et le talent des membres brille mais on dirait un Spider Man qui n’a pas encore appris à maitriser ses pouvoirs. Seul le temps saura dire si cette excursion aura été bénéfique pour le groupe. Chose certaine, l’indifférence n’est pas un sentiment qui aura été généré par cette dernière parution!

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Critique par Fred Laroche
Note 7
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  Auteur Fred Laroche
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