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Edguy
  Tinnitus Sanctus :: 28 novembre 2008

Depuis quelques années, l’attente d’un album d’Edguy est un facteur de stress pour plusieurs. En effet, depuis que les dernières parutions ont commencé à ralentir le tempo de façon asymptotique, et que la « rockness » du produit supplante sa « métalité » d’une façon désormais bien nette, les fans des vieux jours du groupe se rongent les ongles dans l’appréhension d’un album aux accents toujours plus pop rock. Fort heureusement, le groupe se raccroche toujours à la décence en nous pondant quelques bons hits métal qui parviennent à sauver la mise. Qu’en est-il donc de ce mystérieux Tinnitus Sanctus, dont le nom et la jaquette font présager un nouveau Theater of Salvation ? C’est bien de rêver, mais ça n’arrivera pas, du moins pas ce coup-ci. Toujours est-il que ce huitième album d’un groupe jadis qualifié de « sans aucun avenir » par plusieurs parviendra à surprendre le fan de longue date avec quelques clins d’œil au power métal, comblera l’amateur de heavy rock avec quelques tubes très efficaces, tout en offrant une valeur de réécoute non négligeable grâce à quelques explorations fort intéressantes… le tout dans le contraste d’humour caustique et de mysticisme pseudo philosophique qui caractérise la troupe teutonique de Tobias Sammet.

 

La première chose que l’on remarquera à l’écoute de l’album est une nette évolution au niveau du son. La puissance du mix sonore du groupe, assurée depuis quelques années par l’étoile montante Sascha Paeth (Angra, Rhapsody, Kamelot, etc.), déloge tous les titres précédents d’Edguy en termes de netteté et de largeur. En fait, la production s’approche beaucoup de la monumentalité sonore de The Scarecrow, le troisième chapitre de l’opéra Avantasia. Rajoutez à cela des guitares légèrement plus crasseuses, une batterie plus réverbérée et la voix plus mature de Tobi, et vous obtenez un album digne des plus hauts standards de l’industrie.

 

Cette réalité s’illustre d’elle-même sur la première pièce du disque, Ministry of Saints. Bénéficiant du « gros riff sale pas compliqué » de l’album, elle donne le ton à une écoute qui s’annonce prometteuse. Les mélodies de cette excellente chanson sont extrêmement accrocheuses, malgré que l’on sente le chant de Tobias Sammet un brin forcé, comme s’il tentait de joindre la ligue des Jorn Lande, Eric Adams, Tomas Englund et compagnie. Le résultat n’est pas forcément mauvais quand on le compare à son légendaire trémolo qui tient parfois plus de la chèvre que d’autre chose ! Sauf quelques écarts un peu trop audacieux, il revient fréquemment à son timbre de voix puissant et mélodieux qui frise la pré-puberté, mais cette fois, remplacez le Dr. Pepper par du Jack et les Smarties par des Gauloises pleine saveur. Il n’en demeure pas moins que globalement, Sammet semble bien à l’aise dans la combinaison de styles que propose Tinnitus Sanctus.

 

Parlant de combinaison de styles, la pièce Sex Fire Religion est un bon exemple d’un des extrêmes retrouvés sur l’album. Lente et répétitive, aux frontières de la redondance, elle propose heureusement des lignes de basse bien « groovy » et un bridge original, tout le contraire de The Pride of Creation, un bonbon fidèle au côté gai-luron du groupe, rapide et efficace, qui comporte son lot de changements de caps imprévus. C’est aussi la signature de l’excellente Speedhoven, de loin un des meilleurs morceaux du disque, qui amalgame en près de huit minutes tous les ingrédients du groupe, de ses débuts à aujourd’hui : batterie sur-vitaminée, solo power métal, passage doux, chœurs grandioses, humour, émotion et usage abondant d’orgue et de clavier.

 

Soulignons d’ailleurs l’emploi fréquent et fort à propos d’orgue Hammond et d’accompagnements de claviers proéminents sur plusieurs titres de l’album. Reléguant parfois même les guitares au second plan, des arrangements rappelant Deep Purple confèrent un côté rock de la vieille école à des morceaux comme Nine Lives ou la succulente 9-2-9, sur laquelle Tobias Sammet livre à mon avis sa performance la plus sentie du disque. Heureusement, les guitares bien affûtées de Dirk Sauer et Jens Ludwig ne sont pas rangées trop loin, comme sur Wake Up Dreaming Black, qui étonne par sa déconcertante simplicité. Comme quoi la recherche de complexité inutile n’est jamais un gage de succès.

 

Certains autres morceaux, comme l’inévitable ballade Thorn Without a Rose ou encore l’hybride « rock-cathédrale » Dragonfly, auraient peut-être plus eu leur juste place dans le projet Avantasia. Je suspecte de plus en plus que les pièces de Avantasia 3 et de Tinnitus Sanctus proviennent toutes d’un seul et unique bassin de chansons, qui ont été ensuite réparties d’un côté et de l’autre, exception faite de la dérisoire Aren’t You a Little Pervert Too ?, une rigolote blague musicale comme on en retrouve sur presque chaque album d’Edguy. Suivre les paroles est définitivement recommandé ici !

 

Ainsi, il y a certains groupes qu’on aime ou qu’on déteste. Soit  leur son, leur image ou leur discours nous plaira inconditionnellement, ou, à l’inverse, on les abhorrera dans le mépris le plus total. La formation allemande Edguy fait à mon avis partie de ces groupes. En effet, ils ont tout pour plaire à certains ou pour être complètement ignorés par d’autres. Un son unique ? Oui, et en même temps non. Un charisme indéniable ? Oui, mais qui frôle dangereusement le ridicule, pour rester poli. Un style original ? Non, pas tellement… mais difficile d’y rester indifférent. Dites-moi alors pourquoi diable ce group se retrouve-t-il toujours sur la pente ascendante, tout en cumulant les critiques négatives de la part de leurs fans des premiers jours ? C’est un des paradoxes de la scène rock/métal, un mystère au même titre que le fait que Lemmy Kilmister soit encore vivant. En tout et partout, Tinnitus Sanctus est l’album honnête de musiciens qui ont su faire un bon compromis entre ce qu’ils veulent faire, ce que les fans veulent entendre et ce que leur contrat leur demande.


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Critique par Jérôme St-Charles
Note 7.5
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  Auteur Jérôme St-Charles
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