Le premier album d’un groupe est toujours quelque chose de très excitant pour ses membres, leurs proches et leurs supporteurs. D’une part, les membres du groupe sont impatients de présenter leur musique et leur savoir-faire aux amateurs de métal sur un territoire aussi large qu’ils seront capables de distribuer l’album, alors que les supporteurs du groupe sont curieux de voir le produit qui en résultera. Parfois, l’excitation se change en emballement et c’est à ce moment qu’un groupe peut tomber dans le piège de lancer un album qui est plus ou moins à la hauteur du potentiel de la formation. En revanche, d’autres groupes attendent d’avoir acquis de l’expérience et du savoir. Le groupe Approached by a God, de Québec, fait partie de la deuxième catégorie et le prouve avec la sortie de Diseased and Burned to Rest, premier effort pleine durée du groupe.
C’est donc tout près de 5 ans après la formation d'Approached by a God qu’arrive le premier véritable document de son évolution. Pourtant, cet effort démontre beaucoup de maturité, d’aptitudes et d’expérience. Avant de se lancer dans le projet, il est évident que les membres d’Approached by a God ont fait leurs devoirs. Ils connaissaient leurs compositions à fond et étaient au courant de l’ambiance qu’ils désiraient avoir sur l’enregistrement. Tout le processus a d’ailleurs été assuré par le groupe lui-même. Diseased and Burned to Rest est un effort de groupe, financé par le groupe et produit par le groupe. Lourde tâche, considérant que, de nos jours, il est presque impardonnable d’offrir autre chose qu’un enregistrement de qualité vu la facilité de l’accès à la technologie. À cet effet, Approached by a God s’en sort quand même bien avec une production juste assez claire pour mettre en valeur tout ce qu’il y a à mettre en valeur. Par contre, l’album perd un peu de définition dans les passages plus brutaux. Également, les guitares auraient peut-être joui d’un peu plus d’agressivité. Par contre, dans l’ensemble, les choix de son et de niveau sont très appropriés et n’offrent que très peu de distraction à l’écoute. Procédons-y donc, à cette écoute!
D’abord, l’album commence en lion avec l’excellente Off With His Head, qui pavane à elle seule pas mal toutes les facettes sous lesquelles le groupe excelle particulièrement. La voix et les instruments sont projetés tout droit à l’avant dans le premier couplet, ne laissant pas le temps de prendre son souffle avant le refrain qui démontre une grande habileté à faire coexister la mélodie et la dynamique dans le rythme. Des passages comme cela, ça ne se prévoit pas, ça arrive, tout simplement ! La pièce suivante, Sigmund’s Blood Thirst Thrive, est un autre bon exemple de ce que le groupe peut faire en ce qui a trait aux riffs accrocheurs mais il ne faut pas croire qu’elle suit le même canevas que la première pour autant. Sur ce second titre, les influences modernes du groupe sont légèrement plus apparentes et le niveau de musicalité est également plus développé. Quelques idées comme celle de répéter l’accent d’un riff avec un harmonique à contretemps sont d’ailleurs très ingénieuses.
Avec sept chansons et une durée inférieure à la demi-heure, Diseased and Burned to Rest est un album très condensé. Ne se laissant que très peu de place à l’erreur, le groupe livre la marchandise pour ce qui est de nourrir l’intérêt de ses auditeurs avec un album varié et bien équilibré sur toute sa durée. Dans les moments forts, il y a Deathfarm Thrashin’, qui est un de ces tubes qui ne fait à peu près rien d’autre que de rentrer au poste. Ça commence au grand galop et on y trouve un bon refrain et un excellent solo. Le vrai bijou de l’album cependant, c’est Feasting the Beast. Elle est également la pièce la plus expérimentale et variée de l’album. Beaucoup de changements de tempo et de subtilités font de cette pièce l’une des plus prometteuses et matures de l’album. Les deux morceaux suivants, Carcass Crisis et Abort Your Future sont malheureusement un peu moins inspirés. Un peu plus prévisibles, ces chansons ressemblent à de la matière première pour de bonnes idées mais la sculpture finale a l’air d’avoir été taillée dans une pierre qui n’a pas été polie au préalable. Heureusement, la cohésion des idées revient sur Mollecular Scabbing Protest, dernier titre de l’album, qui termine le tout sous le sombre son des progressions mineures...
Il est facile de conclure qu’on fait le tour très rapidement de l’album, mais ce n’est certainement pas parce qu’il n’y a rien d’intéressant dessus ! En réalité, la seule faiblesse de l’album est qu’il laisse un peu sur sa faim. En effet, avec une durée si limitée pour apprendre à connaître un potentiel qui parait pourtant très grand, le groupe s’expose à ce que l’écoute en boucle de l’album devienne vite répétitive. Par contre, depuis quand cela est-il une mauvaise chose que des amateurs de son groupe en redemandent ? Quoiqu’il en soit, le groupe semble avoir attendu d’être fin prêt avant de lancer son album et le résultat parle de lui-même : un produit mature qui démontre sans équivoque le potentiel d’Approached by a God !