Il aura fallu deux ans à Trivium pour enfin offrir un successeur à l’album The Crusade, de 2006. A mesure qu’avançait le processus d’écriture et d’enregistrement pour le nouvel album, Matt Heafy laissait savoir que le groupe utiliserait le style de voix criée des vieux albums, laissant légèrement de côté le chant comme celui sur The Crusade, qui aura valu à Trivium une foule de comparaisons, souvent pimentées, avec Metallica. Pour son quatrième album pleine durée, bien que le groupe soit encore jeune, il aurait pourtant été facile de croire que l’expérience commencerait à se faire sentir et qu’il nous reviendrait avec un album mature et consistant. Étrangement, l’adolescence de Trivium s’étire alors que le groupe lance un album sur lequel il semble se chercher plus que jamais. Essayons de faire du sens dans le chaos de Shogun et d’en analyser un peu le contenu.
D’abord, commençons par ce qui est évident, sans vraiment surprendre : la production de l’album. Entre Ascendancy, The Crusade et Shogun, Trivium emploie le même canevas de production, qui lui convient parfaitement puisqu’il est précis et donne beaucoup de place aux éléments accrocheurs de la musique du groupe comme les jeux de guitare doublés et les harmonies de voix. La subtile différence entre le son de Shogun et celui des efforts précédents provient probablement du fait que le groupe ait fait appel à un autre producteur. On rappelle que Trivium avait travaillé avec l’excellent Jason Suecof pour les deux volumes précédents. Le travail de Nick Raskulinecz n’aura pas réinventé le son de Trivium mais lui aura donné un nouveau souffle avec un mélange subtilement différent. Évidemment, la précision chirurgicale est encore au rendez-vous, complimentant le jeu et les performances individuelles de chaque musicien.
L’enveloppe étant dûment décrite, examinons le contenu. Comme à l’habitude, Trivium ouvre cet album en lion avec une furieuse pièce d’une dangereuse efficacité. En effet, Kirisute Gomen s’aligne tout droit avec le reste des pièces à grand succès du groupe. Elle présente également un pot pourri de tout ce qui est réussi et tout ce qui ne va pas avec cet album. Donnons-lui une chance et avouons que pour Kirisute Gomen, la recette a fonctionné à merveille. S’enchaîne Torn Between Scylla and Charybdis, présentant un côté plus mélodieux dans le jeu de guitare et la voix, en conservant quand même l’idée principale amenée par la chanson précédente.
Après quelques compositions seulement, un certain malaise s’installe. L’alternance de voix criée et chantée sur une musique qui n’a pourtant subi aucune transformation ne semble pas naturelle du tout. Matt Heafy avait mentionné qu’il utiliserait sa voix agressive parce qu’il croyait que les chansons appelaient à ce genre de chant. Désolé cher monsieur Heafy, mais permet à quelques sceptiques d’en douter. La musique de Shogun n’est guère plus lourde que celle sur The Crusade et certains passages de chant criard semblent vraiment forcés. Quelques chansons n’ont vraiment pas besoin de ces interventions colériques qui n’ajoutent rien du tout, finalement. Heureusement, tout n’est pas raté dans cette approche car le premier titre et Into the Mouth of Hell We March sont deux bons exemples de l’efficacité que ce mélange peut avoir.
A mesure que se poursuit l’écoute, on rencontre de part et d’autre de très bons morceaux autant que de moins bons. On pourrait croire que l’épuisement qui avait fait de The Crusade un album seulement qu’à moitié réussi persiste encore sur Shogun. Throes of Perdition, The Calamity et He Who Spawned the Furies sont des titres plutôt moyens qui démontrent l’aspect déconcertant du mélange employé par Trivium sur cet album. Pourtant, selon les goûts, un peu plus de la moitié de l’album contient des titres appréciables qui sont même un peu plus inspirés que les plus grosses chansons de l’effort précédent.
Comme la force de l’influence de Metallica sur la musique de Trivium est chose connue, il serait difficile de manquer l’occasion de comparer les deux groupes une autre fois, non ? Trivium s’est probablement inspiré de la musique du groupe légendaire pour composer Shogun puisque le genre de longueurs présentes sur Death Magnetic se reflètent également sur Shogun. Effectivement, même avec des titres n’affichant qu’une moyenne de 5 minutes au chronomètre, le groupe trouve le moyen de souvent tomber dans le piège des boucles et des répétitions inutiles. Un bon exemple se retrouve dans la dernière répétition du refrain de Kirisute Gomen, qui ne fait rien d’autre que s’user sur une finale de batterie complètement inutile et inappropriée. Avouons par contre que cette répétition est tout de même moins décourageante que la pièce titre, qui se veut une composition épique de presque douze minutes. En réalité, rien, absolument rien sur cette pièce ne justifie sa longueur.
Nous voici donc devant un album qui regorge que ce que nous aimons de Trivium, présenté dans un chaos déconcertant. Les bons refrains, les jeux de guitare doublés et les riffs accrocheurs aux accents thrash sont tous de retour dans une collection de titres parfois mémorables, parfois moins. En bout de ligne, c’est à croire que Trivium essaie d’être correct et de plaire à tout le monde en même temps. Le groupe n’est-il pas conscient que tout ce que ses amateurs exigent de lui soit qu’il ressemble à Trivium, point! Sur Ember et Ascendancy, c’était mission accomplie. Allons les gars, le métal n’est pas fait pour être l’ami de tous! Il serait temps de laisser tomber les gants blancs et ressortir ceux de cuir avec des clous!