Des profondeurs obscures de la lointaine et brumeuse contrée scandinave de Chicago, là où les glaces et la nuit éternelle donnent naissance aux démons tourmentant des guerriers armés de haches, oui, dans ce brasier gelé où les étoiles sont le seul réconfort des femmes et des enfants contre la malice corruptrice d’esprits réveillés par la faiblesse des Hommes !
Euh… ai-je bien lu Chicago ?
Si on m’avait fait écouter Assassins- Black Meddle part 1, et qu’on m’aurait demandé, à tout hasard, de donner une provenance et une année de parution approximative au produit, pochette en main et nom du groupe aidant, j’aurais tapé un gros 1000, une oreille et peut-être même une couille que ça vient d’Europe – mieux encore, de la plus haute longitude de la Norvège – et que le World Trade Center – non, le Mur de Berlin, tant qu’à y être - était encore debout quand ça a sorti. Et j’écrirais cette critique plus pauvre, le faciès asymétrique et à moitié moins viril.
Il y a de ces groupes qui surprennent, quand même. Et on ne cachera pas qu’on aime bien être surpris, surtout en bien. Surtout quand on constate qu’un style franchit les océans. Surtout quand ça transcende le temps. Surtout quand… Minute, ce n’est pas que black old-school ! Ç’aurait été une belle erreur que de parler de ce quatrième album de la formation illinoise Nachtmystium comme si c’était un simple album de black. Remarquez qu’on pourrait arrêter la réflexion à ce niveau que l’album serait tout de même acceptable, pourvu qu’on puisse supporter l’aspect un peu « garroché » du métal noir.
C’est vrai quoi, tout y est : le nom, le visuel, le son, les thèmes, la rythmique. On ne peut pas se tromper, Nachtmystium font bel et bien du black métal. Mais quelques écoutes un peu plus lucides révèlent une profondeur et une richesse étonnantes sous l’exosquelette scabreux de ce Black Meddle part 1 (jeu de mot fort intelligent d’ailleurs, nous y reviendrons). Savamment imbriquées à travers des grattements de guitare et un tapement de caisse-claire rectilignes au possible, typiques d’un black métal peu inspiré, se trouvent d’astucieuses nuances et ambiances qu’il faut absolument déceler pour apprécier cet album à sa juste valeur.
La composante « black » de l’œuvre est fidèle au style mais incorpore une dimension expérimentale, proche du psychédélique, qui, couplée à la rage et l’authenticité des thèmes musicaux originaux, résulte en une véritable potion magique qui rend celui qui en prend complètement hypnotisé. Difficile de dire pourquoi, d’ailleurs, mais l’efficacité des riffs, le découpage des rythmes vocaux et la variété des états d’âme et des émotions constituant les 10 pistes du disque sont énigmatiques. Les morceaux sont tantôt longs et atmosphériques comme Assassins ou Code Negative , tantôt accrocheurs dès les premières 10 secondes comme Ghosts of Grace, qui est vraiment un hit indiscutable ! Des sonorités pures et planantes dignes des claviers des années 70, ou de saxophone langoureux à la Kenny G (avec du corpsepaint dans la face, il va sans dire) côtoient des sections au son horrible, aussi pire qu’un grincement d’ongles sur un tableau noir. Mais ça marche, la résultante est mystique, glauque, singulière et envoûtante.
Vous saviez que Pink Floyd ont un album qui s’appelle « Meddle » ? Maintenant que vous savez cela, vous connaissez le secret, la clé d’écoute qui vous permettra de beaucoup mieux apprécier ce quatrième effort de Nachtmystium. Quiconque n’est pas allergique au black ou au prog, ou même à une infime quantité d’un des deux, appréciera son voyage dans ce qui n’est ni plus ni moins que la naissance d’un son authentique, pas forcément si accessible j’en conviens, mais diablement (hehe !) abouti, même si, au départ, on serait tenté d’en croire le contraire.