Initialement, l’annonce de Jon Schaffer de faire un projet suivant le concept entamé par l’album Something Wicked This Way Comes avait suscité un grand intérêt auprès des légions d’amateurs conquis du groupe. Le premier volet de ce projet, Framing Armageddon, aura été un album ayant engendré des réactions mitigées. Réticents à mettre le blâme sur la performance de Ripper Owen, qui remplaçait le fameux Matt Barlow depuis quelques années déjà, les fervents d’Iced Earth commençaient à suspecter un manque d’inspiration de la part du principal compositeur du groupe, monsieur Schaffer en personne. Avec le retour de Barlow dans les rangs de cette formation américaine, est-ce que le flux créatif s’est vu ravivé et aurons-nous enfin l’album d’Iced Earth fracassant tant attendu?
C’est sous le voile d’une ambiance sombre et lourde que débute l’album sur l’introduction intitulée In Sacred Flames. Le climat s’installe donc tranquillement en attendant que l’album prenne réellement son envol. Malheureusement, il semble que le groupe qui chantait la gloire de l’aigle dans des hymnes patriotiques, il y a de cela pas si longtemps, se soit réellement transformé en poulet puisque ses battements d’aile ne semblent mener guère plus loin que quelques soubresauts maladroits distribués de façon inégale. C’est bien malheureux mais si le fruit de l’inspiration de Jon Schaffer est un agrume, il semble être pressé à l’épuisement. Un peu ironique puisque The Crucible of Man pourrait quasiment être décrit comme un citron musical !
Venons-en à la musique. Behold the Wicked Child débute avec un riff répété beaucoup trop longtemps pour son propre bien pendant qu’une discrète orchestration se fond à l’arrière-plan, juste en dessus de la voix chaude de Barlow. Le retour du chanteur est définitivement le bienvenu puisqu’il demeure, au goût de plusieurs, la voix idéale pour Iced Earth. Il donne d’ailleurs toute sa puissance au refrain de cette chanson autrement sans mordant. Pour célébrer son retour, Barlow ne fait pas que reprendre le micro pour faire ce qu’il nous a habitué à entendre de sa part. En fait, on peut même l’entendre se transformer en véritable raconteur, dans Minions of the Watch, puisqu’il emploie une voix monotone qu’il dédouble d’une façon très originale. Ce morceau se fond de façon très fluide dans le suivant, The Revealing. Encore une fois, la répétitivité et l’absence de point culminant nuisent considérablement à cette nouvelle pièce qui semble déjà usée à la corde.
Un soupçon de lumière se pointe alors que la très sombre ballade A Gift or A Curse débute. La tranquillité se transforme rapidement au tourment alors que les échanges entre Jon Schaffer et Matt Barlow font un retour plus qu’appréciable. Notons également que cette complainte comporte le premier solo proprement dit de l’album et il en est un très mélodieux. L’intérêt persiste alors que s’enchaînent les deux prochaines, qui se font encore une fois suite chronologique et musicale. La seconde, The Dimension Gauntlet, comporte même une mélodie déjà connue, tirée de la toute première trilogie de Something Wicked.
Bien que l’on reproche souvent à Iced Earth de se répéter, il faut avouer que le premier simple de The Crucible of Man, I Walk Alone, est toutefois assez original. La performance foudroyante de Barlow sur le riff lourd et hypnotique de Schaffer font de cette pièce l’une des meilleures de l’album. Après ce point, l’écoute demeure quand même intéressante mais on replonge rapidement dans les clichés et la monotonie. Crucify the King comporte certes quelques vapeurs d’originalité mais une chanson comme Sacrificial Kingdoms semble vouloir s’emporter mais la colère ne reste qu’au niveau de crisette. Jon semble vouloir démontrer un peu de poignet dans sa main qui gratte mais les arrangements de batterie retiennent le galop de vraiment prendre son élan.
La seule chance qu’il reste à cet album semble être son concept. L’histoire se poursuit bien. Les chœurs et l’émotion de la voix de Barlow illustrent bien le thème de Something Wicked. Cependant, l’aspect ambiant ne semble qu’enlever de l’impact à The Crucible of Man. Dommage, puisque cet aspect était un peu mieux exploité sur le volet précédent, Framing Armageddon. Décidément, jusque là, il serait difficile de justifier de donner une note supérieure à la note de passage à cet album qui est, avouons-le donc, ennuyeux!
Pourtant, une chose totalement inattendue arrive à la toute fin. Come What May arrive avec ses progressions, ses transitions et ses différents humeurs pour nous montrer qu’il y a peut-être encore un peu d’espoir qu’Iced Earth nous arrive avec quelque chose de non seulement bon, mais d’excellent! Attention, si vous avez eu une chirurgie reconstructrice impliquant des oreilles de chien, il faut absolument vous mettre en garde contre les notes qu’atteint Barlow, qui ressemblent étrangement à des ultrasons. Permettez l’exagération mais cette chanson fait drôlement du bien après le pénible voyage offert par le reste de l’album.
Est-ce que Iced Earth réussira à se sortir de l’abyme créatif dans lequel il semble sombrer d’année en année depuis l’opus Something Wicked? N’oublions pas que ce groupe nous a offert de l’excellent métal pendant plusieurs années et ce, envers bien des circonstances qui auraient pu faire en sorte de le décourager. Pourtant, les amateurs de longue date commencent à avoir sérieusement faim et le groupe se retrouve dans une posture de pire en pire pour se faire de nouveaux admirateurs. Allez Jon, lâche les livres d’histoire et repars en croisade contre l’humanité!