Normalement, quand un groupe subit un changement de formation drastique, la décision est rarement bien accueillie par ses amateurs. Si ce changement de formation est accompagné d'un changement d'image, levez vos pieds car les couteaux voleront très bas. Au cours de la dernière année, Cryptopsy aura eu à défendre, justifier et expliquer les changements dans ses rangs à un bassin d'inconditionnels émotionnellement atteints par l'impression que leur avait laissée la nouvelle image du groupe. Ce fut encore pire quand quelques extraits de pré-production se sont malencontreusement retrouvés sur Internet. Maintenant que l'album est au seuil de nos portes, est-ce que Cryptopsy aura réussi à enterrer le bruit engendré par la polémique des derniers mois avec un long jeu qui fera ravaler leurs paroles aux détracteurs ? Comparé à l’ensemble de l’œuvre de Cryptosy, The Unspoken King est un autre chapitre de l’histoire de l’évolution de certains des musiciens les plus compétents de la scène québécoise. Cependant, comparer cet album avec un autre effort de Cryptopsy de façon individuelle pourrait laisser un arrière-goût amer. Pourtant, dans un contexte actuel, ce nouvel opus est tout à fait pertinent, sans pour autant se démarquer.
Avouons-le, Cryptopsy avait dès le départ quelque chose à prouver avec ce nouvel album. C’est probablement à cet effet d’ailleurs que l’ouverture dépourvue de subtilité est assurée par l’excellente Worship Your Demons. Court et efficace, ce titre s’aligne directement avec les morceaux les plus agressifs du groupe. La batterie est toujours jouée avec une vitesse et une complexité déconcertante. Il ne peut donc s’agir que d’une seule chose, du Cryptopsy et rien d’autre. La nouvelle voix du groupe s’approprie son style brutal à merveille avec des lignes de chant alternant les graves et les aigues de façon à la fois adroite et démentielle. La pièce suivante, The Headsmen, est un premier pas dans la nouvelle direction entreprise par le groupe. En effet, même si l’agressivité est soutenue pour l’ensemble de la chanson, le refrain plutôt lent mais combien lourd annonce la tendance à l’expérimentation sur The Unspoken King. Les nouvelles saveurs se poursuivent dans ce qui pourrait très bien être l’une des meilleures pièces de la carrière de Cryptopsy : Silence the Tyrants. À travers ses passages accrocheurs et la frénésie des fameux « blast beats » de Flo Mounier, on retrouve la première contribution réellement audible de la claviériste Maggie Durand dans un intéressant interlude de piano qui est tout à fait en contexte avec la chanson.
Jusque là, tout va bien. Il n’y a pas de doute, c’est Cryptopsy sur toute la ligne et il est évident que les mots « âge » et « maturité » n’auront rien enlevé au groupe, si ce n’est que de lui ouvrir les portes sur d’autres horizons. Cependant, rien n’aurait préparé au choc déroutant que celui engendré par Bemoan the Martyr. Un rythme plutôt léger, une voix chantée qui frôle la complainte, des séquences qui semblent sorties tout droit d’une soirée de musique industrielle underground, tout nous est balancé droit à la figure sans que nul n’ait eu la chance de s’y attendre. Si le choc est grand, il ne veut pas dire que personne n’y trouvera un certain intérêt. Toutefois, il est impossible d’imaginer un amateur de longue date se laisser embarquer dans cette approche. A peine remis de cette déconcertante aventure, Cryptopsy présente ce qui semble être un mariage entre la brutalité démesurée et leurs nouvelles idées. Leach est d’ailleurs la preuve qu’un tel hybride peut fonctionner puisque même son refrain chanté pourra être digéré. Pourtant, si la recette fonctionne pour Leach, elle semble tourner au vinaigre sur The Plagued et Comtemplate Regicide, qui aurait tellement pu être une réussite sur toute la ligne si les lamentations de Matt McGachy n’étaient pas venu bousiller son écoute vers le milieu.
Évidemment, n’importe quelle musique ne serait rien sans un son qui la fait briller à son juste éclat. Heureusement, The Unspoken King jouit d’une production quasi irréprochable. Si Once Was Not avant lui semblait un effort très cru et peu poli, ce nouveau venu est tout le contraire. La production est très claire tout en conservant une sonorité métallique qui donne une touche très abrasive à la guitare. Puisqu’il s’agit d’un des points d’intérêts dans Cryptopsy, il est plus qu’approprié de voir la batterie portée à l’avant-plan, laissant malheureusement la basse un peu trop loin dans le mix. Dans certains passages plus frénétiques, elle est particulièrement absente. Quoi qu’il en soit, l’album est présenté sous une sonorité qui le met en valeur.
Il est difficile de dire si Cryptopsy aura réussi à bien se placer dans le contexte de la scène métal actuelle. Chose certaine, il est toujours délicat de voir un groupe ayant influencé tant de musiciens devenir lui-même influencé par des courants plus modernes. De façon stratégique ou peut-être un peu naïve, le changement semble se faire avec précaution puisqu’il y a beaucoup plus de « Cryptopsy » sur ce nouvel album que de n’importe quoi d’autre. Cette transition calculée fera prendre un pas en arrière à plusieurs amateurs de longue date sans vraiment faire accourir un public autre que celui qui s’intéressait déjà au groupe. Il en revient à dire que The Unspoken King est probablement le produit qui permettra à Cryptopsy de conserver, sans pour autant se voir promu ou dégradé, sa place notoire dans le monde du métal. La poignée de dés est lancée, regardons maintenant sur quels chiffres ils tomberont. Six, six ...