Morbid Angel Illud Divinum Insanus
Critique par
Fred Laroche

Date de la critique: 7 juin 2011
Compagnie de disque: Season of Mist
Date du publication: 7 juin 2011

Lorsque Morbid Angel a annoncé sa reformation avec le chanteur David Vincent, les amateurs du groupe ont dû patienter pendant près de huit ans pour enfin voir sortir le successeur à l’album Heretic, qui n’aura pas été un album pour que l’enthousiasme demeure à son paroxysme, soit dit en passant. Les plus rationnels auront donc attendu le huitième album avec méfiance alors que les plus enthousiastes attendent avec impatience la venue de Illud Divinum Insanus. Eh bien, ces deux bassins de fans que sont les rationnels et les enthousiastes n’en feront bientôt qu’un seul, les confus.

Il n’y a jamais vraiment eu quoi que ce soit de conventionnel dans Morbid Angel. Que ce soit le jeu de batterie de chat qui déboule l’escalier de Pete Sandoval, le jeu de guitare dissonant et ambiant de Trey Azagthoth, ou la voix unique de David Vincent ou celle caverneuse de Steve Tucker, Morbid Angel a toujours livré un Death métal relativement marginal et difficilement imitable. L’expérimentation a toujours été une composante clé dans la musique du groupe et c’est probablement cette composante qui a donné quelques unes des meilleures pièces de Blessed Are the Sick, Covenant, Domination et même Gateways to Annihilation. Sur Illud Divinum Insanus, Morbid Angel se montre tout aussi aventurier dans son expérimentation et décide de mélanger son Death métal chaotique à… du techno-hardcore-industriel??? Quoi?

Non mais… sérieusement, quoi? La seule réaction que provoque Illud Divinum Insanus avec la première pièce en règle, Too Extreme!, est celle de la confusion la plus totale. Oh, si seulement ça n’avait été qu’une mauvaise chanson, on aurait toujours pu dire que c’est une question de goût et que d’autres aimeront peut-être. Mais là, on se sent confus, abattu… La seule explication rationnelle serait de croire que l’imprimeur du disque a fait une erreur et qu’il a malencontreusement mélangé les pistes de Front Line Assembly, Combichrist et Rob Zombie sur le disque! Ça y est, ça doit être ça… Soulagement, fin de la confusion!


Oh mais attendez, que retrouvons nous à la suite de cette travestie? Serait-ce vraiment une pièce de Death Metal? Eh bien oui, malheureusement, l’hypothèse ô combien rationnelle que nous avions trouvée vient tout juste de prendre le bord parce que voici que Morbid Angel se montre encore capable de faire du Death. Bien qu’Existo Vulgore ne soit pas nécessairement une pièce particulièrement bonne, elle comporte quand même tout ce que nous voudrions normalement entendre de Morbid Angel : des riffs rapides, des solos anti-mélodiques, une voix très présente dans le mix et un jeu de batterie parfaitement utilisable pour calibrer la synchronisation de tir d’une mitraillette. C’est exactement à ce point qu’on commence à croire que Too Extreme! n’était pas si grave finalement, parce que Blades for Baal suit dans la même ligne de pensée qu’Existo Vulgore. Il s’agit d’une vraie pièce furieuse. La seule chose dont on s’ennuie à ce point, c’est du jeu particulier de Pete Sandoval. Bien que Tim Yeung soit vraiment un remplaçant compétant pour le batteur légendaire, il manque le petit côté chaotique et audacieux de l’homme duquel il occupe le poste. Autrement, ça a l’air assez proche du meilleur qu’on puisse espérer de Morbid Angel en 2011.

Il y a aussi des pièces que certains amateurs de longue date sauront apprécier et qui permettront peut-être à Morbid Angel de renouveler son public. L’enchainement de I Am Morbid et de 10 More Dead est un bon exemple de ceci. La première des deux ressemble à un hymne lent typiquement Morbid Angel avec une ambiance plus moderne et moins écrasante. Pensez à Where the Slime Lives… mais sans la glu! 10 More Dead, tant qu’à elle, comporte un groove rappelant Pantera par moment, avec quelques bons passages rapides et un bon solo. En bref, deux chansons qui ne feront pas l’unanimité mais qui comportent leurs points d’intérêt. Dans les pièces intéressantes, il reste Nevermore, qui est connue depuis si longtemps qu’elle a déjà l’air d’une vieille nouvelle à sa sortie. Il y aurait toujours Beauty Meets Beast, mais c’est juste parce que les autres chansons sont vraiment déconcertantes…

Pour le reste, le sentiment de confusion revient de plus belle. La ridiculement intitulée Destructo vs the Earth comporte une ambiance qui pourrait rappeler Dethklok. Oui oui, le groupe qui ne doit pas être pris au sérieux et qui devrait seulement être apprécié pour ce qu’il est : une représentation parodique du monde du métal. Alors quelqu’un pourrait-il m’expliquer comment un groupe influent comme Morbid Angel réussit à sonner comme une parodie? L’explication à cette question n’a plus aucune importance rendue à Radikult. Ça ne vaut même plus la peine de chercher à comprendre. Marilyn Manson, Slipknot et Nine Inch Nails feront indéniablement une excellente reprise de cette chanson lors d’un éventuel hommage à Morbid Angel mais ça, les amateurs du groupe n’en n’ont rien à foutre. Quoi, David? Kill a cop? T’es certain là?? Kill a cop? Killa' Kult? Ugh…

Peut-être devrions-nous nous consoler en nous disant que dans dix ans, Illud Divinum Insanus sera vu comme un album de génie avant son temps. C’est probablement nous le problème, nous ne comprenons juste pas le génie derrière cet effort. Oui, c’est probablement ça…

4.5

1
Omni Potens
2
Too Extreme!
3
Existo Vulgoré
4
Blades for Baal
5
I Am Morbid
6
10 More Dead
7
Destructos Vs. the Earth / Attack
8
Nevermore
9
Beauty Meets Beast
10
Radikult
11
Profundis - Mea Culpa