Metallica Lulu
Critique par
Fred Laroche
''L'appât du gain et la possibilité de faire absolument n'importe quoi sans perdre l'appui de ses fans leur a carrément fait perdre le nord. ''

Date de la critique: 25 octobre 2011
Compagnie de disque: Indépendant
Date du publication: 1 novembre 2011

Parmi les sept péchés capitaux, on y retrouve la gourmandise et la paresse. Eh bien ces transgressions sont très bien illustrées de manière musicale sur la travestie qu’est l’album Lulu, la tant médiatisée collaboration entre Lou Reed et Metallica. À quel point dans la conception de cette aberration cette idée a-t-elle eu l’air bonne ? D’une part, nous avons un vieux fatigué qui déblatère ses divagations qu’il appelle poésie avec la même passion que nous éprouvons en sortant nos vidanges. De l’autre côté, nous avons un groupe de métal gavé jusqu’au ouïes qui n’a même plus une idée de ce qu’est la faim. Le résultat ? Oh boy…

Il ne faut même pas y penser deux secondes pour trouver que Lou Reed et Metallica est un mauvais mélange. Ça ne devrait donc pas surprendre personne de savoir que c’est exactement le premier défaut de l’album ! Lulu sonne vraiment comme si un vieil annonceur d’encan bidon narrait une histoire d’un ennui chloroformant sur un fond de riffs d’un groupe de garage joués en boucle. On a vraiment l’impression que les deux principaux intéressés n’ont jamais travaillé ensemble. Les pistes de la musique de Metallica sonnent comme s’il y en avait qu’une seule alors que la voix de Lou Reed, qui est beaucoup trop à l’avant-plan d’ailleurs, a une production digne d’un bar de karaoké.

Musicalement, vous pouvez prendre Load, Reload… St Anger à la limite, et vous allez soudainement trouver ça excellent et d’une violence sans pareil… Oui, c’est si pire que ça. C’est l’absence totale de dynamique en termes de rythmique et d’arrangements. Il y a une foule de passages atmosphériques qui auraient pu sortir de l’imagination d’un décrocheur sur l’acide. Quand ce n’est pas ça, ce sont des riffs aux prétentions lourdes qui ont l’air, au mieux, de des restants des sessions de… on s’en fout! On ne veut même pas savoir d’où ça sort ces restants-là! D’accord, il faut bien que la musique soit guidée par le concept de l’album, mais en quoi est-ce que des titres de 8 à 12 minutes qui n’ont que quelques lignes de texte cohérentes servent-elles un concept?

On aurait pu espérer que la participation de Metallica au projet amènerait au moins quelques nuances intéressantes grâce à James Hetfield, qui prête d’ailleurs sa voix à quelques morceaux. On pourrait même dire qu’il fait preuve de conviction en exagérant une lueur d’enthousiasme à l’extrême, mais non, au contraire, rien ne sauve cet album. Il ne s’agit de rien de moins qu’un recueil de performances sans saveur, sans émotion, sans goût et sans cohésion. C’est vraiment à se demander comment ils ont fait pour en faire un album. Peut-être est-ce là que réside le grand génie incommensurable derrière Lulu?

Avec cette galette, Metallica donne raison à tous ses détracteurs. L’appât du gain et la possibilité de faire absolument n’importe quoi sans perdre l’appui de ses fans leur a carrément fait perdre le nord. Ce groupe n’a plus besoin de se forcer. C’est ce que ça donne. Au diable les histoires d’ouverture d’esprit, d’expression artistique et de liberté d’expression, Lulu est un album abominable qui n’aurait jamais dû être et chacun pleurera la perte de ses 84 minutes de vie qu’il ne reverra jamais, parce que oui, Metallica et Lou Reed ont cru bon de mettre cette atrocité sur deux disques, ce qui va main dans la main avec la pollution auditive qui s’en dégage… Ne serait-ce que pour l’audace seulement, cet album ne se mérite qu’un seul point.

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Branderburg Gate
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2008