Edguy Age of the Joker
Critique par
Steven Harbour
''Ils s'entêtent à s'aliéner la communauté métal en leur balançant du southern rock et du mauvais hard rock...''

Date de la critique: 29 août 2011
Compagnie de disque: Nuclear Blast
Date du publication: 29 août 2011

Ce n’est vraiment pas chose facile que d’écrire une opinion à propos d’un nouvel album d’Edguy.  Premièrement, même si je sais très bien que Tobias ne lira jamais ce texte, je sais qu’il s’est indirectement adressé à moi dans multiples entrevues en disant qu’il se foutait pertinemment de ce que j’allais écrire. Deuxièmement, tout s’est dit sur Edguy.  C’est bon, ce n’est pas bon, c’était mieux avant, c’est mieux maintenant, etc. Est-il encore possible de tirer quelque chose de concret de tout ça ou est-ce que la musique et son succès sont devenus un charabia de fanboys, de marketing et d’image (plus que ça ne l’était déjà) ?  Avant d’aller plus loin, j’aimerais mettre quelques choses au clair. 

1-Nous ne sommes plus en 1998 et le power métal n’est plus.  Edguy n’est pas plus coupable que n’importe quel autre groupe de ne plus jouer « comme dans l’temps ». Il n’y a plus de marteau sur les pochettes d’Hammerfall, on ne sait plus trop où est rendu Rhapsody, Gamma Ray et Helloween s’amusent avec leur propre style hybride entre le power et le heavy et Thomen doit être en train de passer la moppe chez Bürger König. Oh, et est-ce que quelqu’un a vraiment écouté le dernier album de Freedom Call une deuxième fois ?  Je me souviens à quel point nous étions choqués de tout ça il y a 5-6 ans, mais le phénomène est généralisé et devrait être retiré de l’équation.  Et non, ce n’est pas la même chose avec le death mélodique puisque plusieurs groupes en produisent toujours du très bon.

2- Edguy ne jouent pas de Bon Jovi et ne sont pas des « sell outs ».  Il n’y a aucun danger de confondre Age of the Joker (le titre de leur nouvel album en passant…) et The Circle (dernier album de Bon Jovi).  Il n’y a aussi aucun danger de tomber sur Robin Hood (premier extrait de l’album) dans le Top 6 du retour à la maison à Radio Énergie.  Oui, Tobias mimique Jon Bon Jovi au passage, mais qui ne s’inspire pas de ses héros ?

3- Edguy n’est pas rendu si gros et populaire que les membres du groupe peuvent se permettre de faire ce qu’ils veulent.  Quelques chiffres : Bon Jovi recueillait 147.8 millions de dollars en jouant 69 concerts entre le 22 novembre 2009 et le 20 novembre 2010. Leur album The Circle (leur onzième) vendait 170 000 copies en une semaine aux États-Unis. Alors que Bon Jovi prenaient la planète d’assaut avec leur deuxième album (ils en ont maintenant onze), Edguy jouent toujours devant 500-1000 personnes après neuf albums.  Loin de moi l’idée de diminuer leur succès bien mérité, mais cessons de faire nos autruches et tentons de viser un peu plus haut s.v.p.

Ceci étant dit, passons aux choses sérieuses !  Age of the Joker arrive quelques trois ans après Tinnitus Sanctus et la bonne nouvelle est que ça ne peut pas être pire.  Tobias aura beau se cacher derrière des arguments de liberté et de diversité, il reste qu’il a une responsabilité envers tous les fans qui lui ont donné une portion de leur salaire en achetant un album présentant le logo d’Edguy. C’est une question de respect envers les gens et le style de musique qui lui a permis de se rendre où il est aujourd’hui.   Est-ce que Age of the Joker est un pas dans la bonne direction ?  La réponse n’est vraiment pas simple.

Si je reviens à mon point #1, ce qui faisait ressortir Edguy du lot il y a 15 ans n’était pas le pistonnage de bass drum, ni les chorales d’église. C’était les chansons, tout simplement.  C’était grandiose, bien composé, plein d’harmonies et de subtilité.  Alors que je retrouvais encore tout ça dans The Piper Never Dies, par exemple, c’est de moins en moins le cas depuis Rocket Ride.  Même si Tobias a toujours un flair inouï pour les riffs, mélodies vocales et les arrangements, il continue de nous servir une sauce très diluée.  On a généralement droit à un riff d’intro, un refrain puis plus rien.  Je ne sais pas ce qu’il a contre les couplets, mais c’est presque systématique depuis quelques albums et c’est malheureusement toujours le cas aujourd’hui, dès que le riff d’intro se termine, on tombe sur un 4/4 de batterie, supporté par une ligne de basse qui continue généralement sur le même air et c’est tout.  Ça aurait été bien sur une ou deux chansons, mais c’est comme ça sur la majorité de l’album et c’est vraiment le reflet d’un manque d’effort de composition.

Il y a heureusement quelques exceptions qui sont d’une qualité supérieure que ce à quoi nous avions droit depuis dix ans.  Rock of Cashel, Breathe, The Arcane Guild et Behind the Gates to Midnight World sont ce qu’Edguy devrait nous offrir sur tout l’album.  Ces chansons ne sont pas plus « power metal » que les autres, ne sont pas plus typiques du « vieux » Edguy, mais sont simplement Edguy : riches, colorées, accrocheuses, épiques et mélodiques. D’ailleurs, j’étais très impressionné par la diversité de Behind the Gates to Midnight World et je me disais que pour une fois Edguy nous avait offert une vraie bonne balade métal qui aurait très bien pu terminer l’album.  Mais j’ai alors vu qu’il y avait une autre chanson : Every Night Without You… 

Ceci m’amène à mon plus gros reproche à l’album.  Ce dernier est vraiment mal assemblé et ne permet pas aux meilleures chansons de briller de leur plein éclat et encore moins aux chansons « moyennes » de bien passer.  Il y a des façons de donner le rythme à un album, de construire du momentum, de faire ressortir les balades, de revenir de plein fouet avec une chanson rapide et de jouer sur la saveur de chaque pièce. On ne retrouve rien de ça ici.  Par exemple, lorsque Rock of Cashel se termine, on plane littéralement sur la finale mélodieuse. On brise hélas le moment avec une chanson qui aurait pu être sur God & Guns de Lynyrd Skynyrd.  Edguy a pourtant tout ce qu’il faut pour être un des meilleurs groupes de métal qui soit.  Cependant, ils s’entêtent à s’aliéner la communauté métal en leur balançant du southern rock et du mauvais hard rock au travers de ce qui m’apparaît comme étant plus « leur propre musique ». 


Rendons cependant à César ce qui revient à César.  La production de l’album, judicieusement réalisée par Sascha Paeth sous l’œil et l’oreille de Tobias, est quasi parfaite.  Ce qui est merveilleux est que Tobias a affirmé en entrevue qu’ils avaient volontairement gardé le « volume »  de l’album bas pour permettre d’avoir un son si riche et grand et ainsi éviter de tomber dans la plus que merdique « loudness war ».  Le son des guitares est revenu à la normale (comparativement à Tinnitus Sanctus) et ces dernières sont toujours placées à l’avant plan et ne reculent que devant l’armée de « back vocals » qui envahit les refrains.  Cette combinaison de guitares et de chant crée un effet magnifique et est certainement la plus grande force d’Edguy.  Je vous le répète, avec un son comme ça, ils pourraient détrôner les plus grands.

On en vient finalement à la même conclusion que sur les derniers albums : il y a du bon, du moins bon et plusieurs autres choses étranges qui auraient pu être laissées de côté.  Sur Age of the Joker, la bonne partie est meilleure et est du même niveau que sur Hellfire Club.  Même si plusieurs choses dans leur son sont aujourd’hui différentes, l’essence d’Edguy est toujours là et ils devraient vraiment exploiter ce style davantage, style qui leur est unique et très distinct de la compétition. Tobias semble confus et échoue à canaliser ses multiples inspirations à travers ses divers projets.  C’est ainsi très étrange de voir un gars qui compose des « opéras » rock/métal aussi limités dans leur style pour ensuite mettre tant de diversité dans son groupe « normal », qui devrait plutôt capitaliser sur sa signature forte.

7

1
Robin Hood
2
Nobody's Hero
3
Rock of Cashel
4
Pandora's Box
5
Breathe
6
Two Out of Seven
7
Fire On the Downline
8
Behind the Gates to Midnight World


Tinnitus Sanctus
2009
Rocket Ride
2006
Superheroes
2005
Hellfire Club
2004
King of Fools
2004