Arch Enemy Khaos Legions
Critique par
Fred Laroche

Date de la critique: 6 juin 2011
Compagnie de disque: Century Media
Date du publication: 7 juin 2011

Après avoir lancé un album de versions réenregistrées d’une sélection de chansons de l’ère pré-angélique, Arch Enemy est de retour avec son huitième album en carrière, soit la première collection de nouvelle musique en 4 ans. En théorie, ces quatre années auraient dû donner le temps à Arch Enemy de bien recharger ses batteries après les cycles de tournée consécutifs pour Rise of the Tyrant et The Root of all Evil. Pourtant, à entendre ce que Khaos Legions a à offrir, on dirait que la Doomsday Machine commence à manquer de gaz au lieu d’être réglée pour rouler à plein régime!

Dès le début de l’album, nous sommes pris de plein fouet par la surdose de fromage intense qu’est l’introduction de l’album qui, à priori n’est pas si mal, mais l’ajout de la voix narrative de style bande annonce de blockbuster américain est vraiment un excès de prétentions théâtrales mal employées. Néanmoins,  nous sommes aussitôt plongés dans une sélection de chansons suivant la recette efficace, quoique légèrement répétitive, d’Arch Enemy. La première chanson à figurer sur l’album est l’extrait Yesterday is Dead and Gone, qui a tout d’une pièce bien standard d’Arch Enemy, rien d’exceptionnel mais bien honnête. Déjà, on remarque des arrangements plus légers qu’à l’habitude et un fort accent sur la mélodie. Bon d’accord, c’est le premier extrait de l’album, inutile de s’inquiéter à ce point. D’ailleurs, Yesterday is Dead and Gone termine à peine que Bloodstained Cross nous prend à la gorge avec son riff d’introduction qui ressemble à du Testament récent. Avec toute la compétence des frères Amott à la guitare, il ne suffirait que d’un seul bon riff pour faire quelque chose de grandiose en l’habillant de solos et de mélodies épiques... eh non ! Il n’en est rien. À la place, on a une saccade de refrains mélodramatiques rassembleurs qui font un contraste discordant dans la pièce. Attention, il n’est pas question de rassembleur comme le « RE-MEM-BERRR ! » dans Blood is on Your Hands; on parle de rassembleur comme une chanson de camp de vacances ici.

Ce qui est désolant, c’est que l’album comporte quand même passablement de ratées de la sorte. Bien entendu, la mélodie a toujours été une composante omniprésente sur les albums d’Arch Enemy mais, sur Khaos Legions, c’est amené à un niveau si exagéré que ça jure avec le reste. À l’exception de la voix d’Angela, on a plus l’impression d’entendre un album qui chevauche entre le power metal agressif et le rock gothique européen, comme No Gods, No Masters qui sonne comme une chanson violente de HIM ou Poisonblack… et ce n’est pas le seul exemple ! On a également l’impression que Tommy Lee est un batteur invité sur quelques passages de l’album avec l’ambiance « arena rock » qui règne sur certains rythmes.

Heureusement, Arch Enemy sauve tout de même la mise sur quelques chansons avec des performances dignes des grands artisans du métal que comporte sa formation. Par exemple, Sharlee D’Angello n’avait pas été aussi lourd que sur Under Black Flags We March depuis son temps dans Mercyful Fate. Pensez à un groove à la Fifteen Men and a Bottle of Rum.  Les frères Amott sont toujours au sommet de leur jeu pour amener la petite touche virtuose qui a des pouvoirs divins. À défaut de changer l’eau en vin, ils changent tout de même le fromage en brique de béton à plusieurs reprises. Quant à Angela, bien que ce soit moins pire que sur Doomsday Machine ou Anthems of Rebellion, sa voix est toujours très modifiée et difficilement crédible. Le problème est que ceci est spécialement apparent dans les nombreuses tentatives que l’on pourrait décrire comme étant émotives sur l’album.

De part et d’autre de l’album, il y a quelques joyaux d’une grande richesse musicale, le rendant tout juste digne de la discographie imposante du groupe. Par exemple, City of the Dead aurait très bien eu sa place sur Wages of Sin alors que Cruelty Without Beauty comporte tous les ingrédients pour encourager le brassage de tête en règle ! Cependant, ce n’est qu’à la dixième position que le vrai bijou de l’album se met à briller : la pièce Cult of Chaos, un furieux hymne de death mélodique alliant tout ce qu’il y a de meilleur dans Arch Enemy. C’est d’ailleurs à se demander si le groupe n’a pas gardé le meilleur pour la fin car Vengeance is Mine vaut également son pesant d’or.

Avec ce huitième album, Arch Enemy, qui a pourtant joui d’une sacrée belle lancée dès ses débuts, semble être à la croisée des chemins dans son évolution. On aurait dû se douter que l’inspiration commençait à faire défaut avec The Root of All Evil, mais les avenues empruntées sur Khaos Legions ne sont pas vraiment les meilleures pour Arch Enemy, qui a maintenant l’air d’un film pour adultes qu’on aurait adapté pour être classé 13 ans et plus.

6.5

1
Khaos Overture
2
Yesterday Is Dead And Gone
3
Bloodstained Cross
4
Under Black Flags We March
5
No Gods, No Masters
6
City of the Dead
7
Through the Eyes of A Raven
8
Cruelty Without Beauty
9
We Are A Godless Entity
10
Cult of Chaos
11
Thorns In My Flesh
12
Turn to Dust
13
Vengeance Is Mine
14
Secrets
15
The Zoo
16
Show Bound


Rise of the Tyrant
2007
Doomsday Machine
2005
Dead Eyes See No Future
2004
Anthems of Rebellion
2003