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Moonlyght
  Shining :: 24 mars 2008

Quoi de mieux en ce printemps enneigé que de tomber en totale pâmoison à l’écoute d’un disque qu’on avait fini d’espérer ? C’est ce qui m’est arrivé avec Shining, deuxième album d’une figure plus que respectable de la scène métal underground québécoise, j’ai nommé Moonlyght. La formation à saveur black atmosphérique (c’est peu dire) aura ainsi mis plus de six ans depuis la sortie initiale du très estimé Progressive Darkness, une attente qui en aura valu la peine.

 

Shining surprend par sa maturité et la finesse de ses compositions. Je pourrais fort bien m’étendre dans une longue description des dix titres de l’album, mais ce serait vous gâcher la sauce. Il est préférable que vous fassiez vous-mêmes la succulente découverte d’un prodigieux album au son unique, amalgame des influences extrêmement variées de ses membres. Je me risque…

 

La composante black métal domine sur l’ensemble de l’album, mais attention ; oubliez le black ultra basse fidélité des brûleurs d’église maquillés. Bien qu’il n’existe pas des milliers de façons de faire du black métal, Moonlyght en invente carrément une en mariant un jeu de guitare ingénieux avec des ambiances synthétiques généralement assez simples. Les arrangements entre la guitare et le clavier forment ainsi les fondations des compositions, dont la portée déborde largement du créneau black. En fait, Moonlyght offre un spectre d’influences si vaste qu’il devient impossible à classifier. Il n’en demeure pas moins qu’une saveur vieux Opeth, Vintersorg et vieux Borknagar transparaît en filigrane de la fresque musicale qu’est Shining.

 

Au-delà d’une appartenance à un style de métal ou à un autre, il émerge des morceaux une fibre progressive certaine (je soutiens que « progressif » n’est pas un genre musical, plutôt un mode de composition). La grande majorité des pièces évoluent beaucoup depuis la première seconde jusqu’à la dernière. Les mêmes riffs ne reviennent que très rarement sous la même forme, en partie grâce au travail colossal de Roby et Fred Bédard au niveau des guitares. En rythmique pure et dure autant qu’en lead d’arrière-plan (voilà un beau paradoxe), elles créent des structures optimales. J’ignore comment il serait possible de mieux les agencer.

 

Bien sûr, qui dit « progressif » dit assurément claviers ! Tantôt subtil, tantôt immanquable, l’apport de Thierry Nadeau-Cossette est titanesque. Quand les ambiances douces et enveloppantes ne se déposent pas sur le reste de la musique comme un voile qui flotte dans les airs avant de se poser, c’est des mélodies ou des orchestrations complètes qui prennent l’initiative de diriger les chansons. Conférant un petit côté épique à certains passages, le jeu de clavier explore parfois des sonorités audacieuses pour un album de métal.

 

La musique est tellement bonne et poignante qu’elle nous en fait parfois oublier le chant ! Ce serait cependant une erreur que de le reléguer au poste de support, puisque la voix de Roby compte parmi les éléments caractéristiques du son de Moonlyght. Mariant à peu près tous les types de voix qu’il est possible de retrouver dans la musique lourde, il excelle particulièrement lorsqu’il chante avec son timbre « normal ». La puissance naturelle de sa voix rauque et la texture planante de sa voix de tête sont nettement plus convaincants que son chant black ou son « call gras ». Loin d’être mauvais, le chant méchant aurait cependant pu l’être encore plus, histoire de donner davantage d’impact aux passages violents. Mais globalement, le vocal est varié et crédible, plein d’émotion, les « back vocals » sont intenses, et la présence d’une chanteuse invitée est on ne peut plus pertinente.

 

Glissons enfin un mot pour parler de la section rythmique, qui apporte elle aussi sa dimension au produit final. La batterie, enregistrée par Guillaume Côté, est particulièrement remarquable et extrêmement bien produite. En fait, c’est de loin l’instrument qui sonne le mieux sur l’album. La basse de Davey est quant à elle discrète à la première écoute, mais en s’y attardant, on constate un jeu précis et élaboré. Elle manque néanmoins d’espace pour bien s’exprimer à travers la densité des autres instruments.

 

Shining est un album monumental à découvrir absolument. Il peut convenir autant à des fans de black métal actuel ou « old school », de death technique ou mélodique européen, de folk ou power métal symphonique, et plus encore. Chacune des dix pièces comportent au moins un passage mémorable qui vous restera dans la tête des journées durant. Les mots me manquent pour qualifier ce deuxième album de la formation québécoise Moonlyght, paru sur la jeune étiquette bien de chez nous Mankind’s Demise Records. Sur ce, je me tais et vous ordonne de ne pas manquer ce chef-d’œuvre.


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Critique par Jérôme St-Charles
Note 9
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