Prenez un vieux mélangeur culinaire, rouillé de préférence, mettez-y un tas de tout ce que pouvez trouver de métallique, ajoutez du sable au besoin afin de donner un mélange aussi abrasif que possible et démarrez le mélangeur en le survoltant sur une ligne à haute tension, en vous tenant dans un lac d’eau, sous la pluie. Ce que vous entendrez et obtiendrez ressemblera à ce deuxième album du groupe Demiricous, qui se veut une mixture malsaine de tout ce qui est bon dans le métal d’hier et d’aujourd’hui. Comme un survenant au milieu d’un village où tout le monde semble tout connaître sur tout le monde, ce quatuor américain arrive de nulle part et aura vite fait d’être remarqué et adopté par plusieurs. Certainement l’album le plus étrangement construit jamais paru, Two (Poverty) n’en est pas moins impressionnant par sa fraîcheur et son authenticité.
Le bal, ou plutôt la foire, s’ouvre avec ce qui est sans doute la pire tentative de ressembler à Motorhead jamais entreprise. Never Enough Road est une pièce sans aucun intérêt qui se rapproche du métal de la vielle école mais les accents ‘metalcore’ sont si forts que le tout semble vraiment inapproprié. Une telle chanson aurait été impardonnable si le reste de l’album n’avait pas suffi pour faire oublier cette catastrophe. Après avoir ouvert dans la médiocrité, comment un album peut-il se racheter ?
Avec onze autres sacrés bons morceaux de métal droits au visage ! Voilà comment Two (Poverty) se hissera certainement dans le top 10 de l’année 2007 de plusieurs personnes. Expression of Immunity to God est la preuve parfaite que l’amer citron du thrash métal n’a pas été totalement pressé. Qui aurait cru qu’un ‘blast beat’ en dessous de deux glissements de pic sur les cordes en simultané soit suffisant pour réinventer l’art de composer des refrains dans une pièce rapide ? Ceci n’est qu’une de nombreuses bonnes idées se retrouvant sur le dernier album de Demiricous.
L’album se poursuit avec une sélection de chansons comportant tous les éléments d’un disque de métal réussi. Même si les touches modernes sont omniprésentes, ce jeune groupe a certainement visé dans le mille pour nous offrir un recueil de bon vieux métal sale. Leur secret ? Sans doute l’authenticité de leur musique et l’efficacité de leurs arrangements qui y sont pour beaucoup ! Vous vous souvenez quand Metallica ont sorti Kill’em All? C’étaient quatre adolescents qui voulaient faire du bruit qui ont lancé, malgré eux, cet album légendaire. Aujourd’hui, en 2007, à quelque part aux Etats-Unis, quatre jeunes adultes ont mis de côté la propreté et se sont enfermé dans leur local de pratique avec plusieurs 24 pour créer une collection de pièces bruyantes, criardes et fracassantes. Au diable les acrobaties sur les instruments, il ne faut pas être un virtuose pour jouer du métal. Quelques jeux de cordes et un tremolo fortement sollicité auront suffi aux guitaristes de Demiricous pour enregistrer un paquet d’excellents solos qui ont tous leur place sur les chansons.
Point de vue production, c’est assez difficile à décrire. Avez-vous déjà essayé de couper un fil électrique sous tension avec une lame de rasoir rouillée ? Pour ceux qui l’ont déjà fait, dites-vous que le mélange du son des flammèches et du grincement entre le cuivre et l’acier rouillé ressemble étrangement au son des guitares sur cet album. Comme si ce n’était pas assez sale comme cela, la voix de Nate Olp sonne comme celle d’un chanteur de hardcore s’étant gargarisé avec du sable pour guérir une sévère amygdalite. Chaos, pesanteur, énergie, frénésie et intensité sont tous des mots qui décrivent bien l’ambiance rafraîchissante de ces 30 minutes de métal. Cependant, il ne faut pas s’y méprendre, l’ambiance crue de l’album n’aura pas été créée au dépens de la qualité sonore. D’ailleurs, Erik Rutan (Morbid Angel, Cannibal Corpse) s’est occupé de la console pendant que les membres groupe faisaient du vacarme dans le studio.
Finalement, bien que cet album comporte des traces de thrash, de death et de hardcore, il est impossible d’y reconnaître un style en particulier. À l’exception de la mauvaise blague que constitue la première chanson, il est un bijou en terme de métal bien exécuté. Pour une fête entre ‘métalleux’, pour se défouler ou tout simplement pour rouler dangereusement, Two (Poverty) est l’album parfait pour ne pas se casser la tête autrement qu’en se la brassant sévèrement