Les voix féminines dans le métal nous surprennent de moins en moins. En effet, il est tellement courant d’entendre des chanteuses opératiques dans les groupes de métal gothiques ou symphoniques depuis le tournant du nouveau millénaire que personne ne semble bien ébranlé par la chose. Là ou ça surprend, c’est quand un groupe de heavy métal débordant de testostérone nous livre un album fumant de métal en fusion mené par une véritable voix de rockstar en ayant pourtant une femme au micro. Sans négliger le talent des musiciens au sein de Benedictum, ce deuxième album prouve une fois de plus que Veronica Freeman parviendra à faire sortir le groupe de l’ombre avec sa voix dotée d’une puissance comparable à celle de Dio ou même d’Udo. De loin supérieur à son prédécesseur, Uncreation, Seasons of Tragedy est la preuve que Benedictum aura vite fait de charmer la scène métal en tout genre.
Si Uncreation était un premier album décent, il contenait quand même quelques longueurs qui faisaient en sorte que l’apogée d’intérêt résidait dans les deux reprises de Black Sabbath, soit Heaven & Hell et The Mob Rules. Quelques bons titres originaux n’auront cependant pas suffi pour permettre à Uncreation de se hisser dans les tops 10 de l’année 2006. Avec Seasons of Tragedy, Benedictum nous présente une musique mature et un album plus consistant avec un métal très lourd et sans cabotinage.
Vous souvenez-vous du temps où Judas Priest accrochait les auditeurs avec la meilleure pièce de l’album en première position pour être certain que le "record" frappe fort ? Tout bon album de heavy metal devrait être construit ainsi. Benedictum a certainement fait mouche avec Shell Shock, véritable hymne pompeux au refrain rassembleur qui fait lever le poing dans les airs en y faisant automatiquement apparaître un bracelet à clous. Déjà avec cette chanson, on remarque que la seule raison pour laquelle Veronica Freeman utiliserait le dos de la cuiller serait pour nous tabasser avec. Au lieu de ça, elle saccage la place avec sa voix criarde bourrée d’adrénaline. Bien qu’elle ait une voix au timbre généralement moyen, elle est capable de pousser des notes hautes qui glacent le sang et aussi de descendre dans des registres qui commandent aux hommes de vérifier s'ils en sont bien avant de poursuivre l'écoute.
Bien que la musique de Benedictum soit principalement menée par les mélodies de chant, ceux qui aiment se brasser la tête sur des bons riffs seront servis. Avec des pièces comme Within the Solace ou Nobodies Victim, le groupe nous envoie dans une véritable fonderie de métal lourd. Composées avec le rock aréna des années 80 en tête, ces pièces au tempo modéré sauront faire taper du pied tous les amateurs de métal. Malgré l’ambiance traditionnelle et les influences de la vieille école omniprésentes sur ce disque, n’allez pas imaginer un produit réchauffé qui n’a rien à voir avec le métal d’aujourd’hui. Bien au contraire, Seasons of Tragedy est produit selon les plus hauts standards actuels.
Ce qui empêchera cet album d’obtenir la note parfaite est la présence de longueurs. Bien que moins sévères que sur Uncreation, cet album n’aurait pas souffert d’avoir une ou deux pièces en moins. Par exemple, la "balladesque" Steel Rain ne met définitivement pas le groupe dans un élément qui lui semble naturel. Ça semble beaucoup trop lent et peu dynamique pour que le groupe espère avoir de la crédibilité dans ce genre de pièce. L’autre longueur se situe plus au niveau de la pièce titre, qui aurait pu être écourtée de quelques minutes, sans pour autant devenir mauvaise.
Malgré ces longueurs, Seasons of Tragedy demeure un effort réussi. Si vous voulez entendre une collection de bons riffs lourds, de refrains accrocheurs, de solos intéressants et une voix des plus originales, vous ne pouvez pas vous tromper ! De plus, les dix bons titres originaux sur cet album nous sont servis avec une reprise des plus appréciables, rien de moins que Balls to the Wall. Bonne écoute.