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Testament
  The Formation of Damnation :: 16 avril 2008

Comment justifier une attente de plus de 9 ans sans offrir de nouveau matériel à des légions d’amateurs avides de musique pour se faire aller la tête? Normalement, il n’y a qu’un temps limité pendant lequel un groupe peut survivre dans l’inactivité avant de tomber dans l’oubli. Comment donc les membres de Testament ont-ils réussi à conserver l’intérêt de leurs fans pendant ces longues années sans offrir de nouveauté? Chose certaine, ce n’est pas parce qu’il n’y a pas eu de nouveau matériel de leur part qu’ils n’ont pas pour autant conservé les projecteurs braqués droit sur eux.  Combien de formations peuvent se vanter d’avoir vaincu le cancer, revisité des classiques dans un nouveau millénaire, renoué avec la formation originale après plus de 10 ans de séparation et changer 3 fois de batteur en une seule année? Il n’y en a qu’une! Il s’agit bien sûre de cet excellent quintet de la baie de San Francisco connu sous le nom de Testament. Loin de se qualifier pour servir dans un service de livraison ’30 minutes ou c’est gratuit’, est-ce que le groupe aura tout de même réussi à livrer la marchandise?

 

Si c’est un ordre de coups de pied au derrière et de piétinement de figure qui a été commandé, la réponse est oui. Mettons les choses au clair immédiatement et établissons que cet album n’apporte rien de nouveau à un genre en pleine résurgence, mais il apporte tout de même un vent de fraîcheur des plus appréciables. Avec une nouvelle vieille formation réunissant Alex Skolnick, Eric Peterson, Chuck Billy, Greg Christian et un fameux batteur de la scène thrash américain, Paul Bostaph, il semble que le groupe ait sorti des albums tels que Practice What You Preach et Souls of Black des boules a mites pour s’en inspirer et composer la majorité des 11 titres de The Formation of Damnation. Même si l’ambiance générale de l’album rappel ces deux opus, Testament n’a pas pour autant négligé le reste des bonnes idées qu’ils ont eu au cours d’une carrière de plus de 20 ans.

 

Dès l’introduction de l’album, amenée par une courte pièce nommée For the Glory of…, on remarque le retour d’un élément qui a longuement été une marque de commerce du groupe. En effet, la punition commence avec une mélodie fortement influencée par le moyen orient. Peut-être le retour de Skolnick en tant que soliste aura-t-il contribué à ramener ce son qui avait fait de The New Order un succès. L’introduction mène vers ce qui sera sûrement le prochain succès de Testament lors de leurs spectacles. Avec son rythme relativement rapide, un riff galopeur et une performance foudroyante de Chuck Billy, il n’est pas surprenant que More Than Meets the Eye soit le premier extrait de l’album. Mais qu’est-ce donc que cette performance en plein milieu de la chanson? Vous l’avez deviné, les compositions de Testament laissent à nouveau la place à d’excellents solos qui font réellement respirer la musique.

 

The Formation of Damnation se poursuit avec une pièce qui apporte une légère réminiscence du très controversé The Ritual avec son refrain plus accrocheur que lourd. Cependant, la voix de Chuck complémente très bien The Evil Has Landed avec l’agressivité qu’elle ajoute. Puisqu’il est question d’agressivité, il faut absolument souligner la violence que renferme la pièce titre. Avec son riff particulièrement influencé par les premiers efforts de Testament et le chant grogné, The Formation of Damnation est le chaînon manquant entre la vieille et la nouvelle époque du groupe. Bien que Dangers of the Faithless représente un certain ralentissement sur l’album, l’intérêt revient vite avec ce qui pourrait compter comme l’une des meilleures chansons en carrière pour Testament. D’ailleurs, The Persecuted Won’t Forget amène Testament sur une avenue peu empruntée par le groupe auparavant. Comme si Eric Peterson avait écouté un peu trop de Destruction avant de composer le riff d’introduction de la chanson, il y a une sonorité particulièrement européenne dans la frénésie de cet extrait. Pouvant faire à elle seule l’objet d’une critique complète, cette pièce comporte autant de facettes que les membres de Testament ont d’influences variées. Restons-en à dire que c’est un chef-d`œuvre en tout point afin que ceux qui survivront à son attaque puissent en parler entre eux.

 

Malgré une pluie d’éloges, il faut souligner les défauts de cet album puisqu’il en existe malheureusement quelques-uns. Le premier réside dans la production offerte par Andy Sneap. Il ne faut pas se méprendre, cet album est une tonne de briques mais le son que lui a donné le producteur n’est pas aussi organique que celui    qu'on peut entendre sur les autres efforts de Testament. Ce petit manque est cependant relativement bien compensé par des performances honnêtes. Également, après toute cette attente, on aurait pu penser qu’on aurait droit à un peu plus d’inspiration au niveau des compositions. Dangers of the Faithless, Killing Season et Leave Me Forever se feront vite oublier parmi le reste du catalogue de Testament.

 

The Formation of Damnation est donc une collection de titres qui s’adresse directement au public déjà établi du groupe. Comportant des influences de tous les albums et incarnations de Testament, il y en aura pour chacun. Pour les amateurs de Souls of Black et Practice What You Preach, il y a More Than Meets the Eye, Dangers of the Faithless et Afterlife. Si c’est plutôt The Legacy ou The New Order qui vous branche, vous serez servis avec The Persecuted Won’t Forget et The Henchmen, qui rappelle étrangement The Preacher, de cette époque. Même ceux qui ont apprécié la tournure plus ‘groove’ de Low en auront pour leur argent avec F.E.A.R.. Somme toute, tous les ingrédients qui ont assuré la longévité de ces vétérans du thrash américain s’y trouvent. Darwin avait raison, seuls les plus forts survivent et continuent de dominer leur territoire malgré l’évolution parfois difficile de leur environnement.


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Critique par Fred Laroche
Note 8.5
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