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Vision Divine
  9 Degrees West of the Moon :: 14 février 2009

C’est l’heure de l’examen pour Olaf Thorsen et son bébé Vision Divine, déjà âgé de dix ans ! D’abord un simple projet solo sans prétention, la formation italienne a connu maints succès et compte désormais un fidèle bassin de fans.  Malgré d’abondants mouvements de personnel depuis ses débuts, le groupe a entretenu son catalogue power métal progressif d’une belle façon, sans jamais déroger au son typiquement italien partagé par les Labyrinth, Secret Sphere, Athena et plusieurs autres. Avec un sixième album intitulé 9 Degrees West of the Moon, Vision Divine confirme son statut de groupe bien établi et signe le retour bruyamment claironné de Fabio Lione derrière le micro, lui qui avait prêté sa voix aux deux premiers albums de la formation.

Pour plusieurs, ce retour était nécessaire, pour ne pas dire une fatalité : « Vision Divine sans Fabio, ce n’était plus Vision Divine ». Nombreux étaient ceux qui ont crié au scandale quand Michele Luppi, personnage jusqu’alors inconnu sur la scène métal, est devenu en 2004 la nouvelle coqueluche du métal mélodique, à la proue du Vision Divine deuxième cuvée. 9 Degrees West of the Moon prend ainsi des allures de face à face entre deux excellents chanteurs aux styles très différents, ayant fait vibrer leurs cordes vocales sur trois albums de Vision Divine chacun. Un fossé qui divise inévitablement les fans du groupe, la question à savoir qui est la vraie voix de Vision Divine est loin d’être résolue… mais l’album qui fait l’objet de cette critique en donne une bonne idée.

En un seul mot : décevant. Pas mauvais, mais décevant. On aurait aimé être propulsé au septième ciel de l’extase musicale dès les premières secondes du disque. On rêvait d’entendre un succès instantané de métal mélodique plein de gratte et de sonorités révolutionnaires. Or, ce n’est pas tout à fait ce qui se produit à l’écoute de la première chanson Letter To My Child Never Born, un mid-tempo pâteux de neuf minutes aux mélodies un peu forcées, sur lequel Leone peine à se démarquer. Pourtant, on sent bien l’intention au niveau strictement musical, mais on dirait que la direction est un peu ratée à cause du son beaucoup trop propre, pour ne pas dire mou, du mix global (un travail de Timo Tolkki, en passant). Cette réalité perdure tout au fil de l’album et transforme des compositions à la base assez bonnes en pièces qui manquent cruellement de dynamisme pour un album métal.

Mais l’élément qui gâche véritablement la sauce, à ma grande tristesse, est le chant de Fabio Lione. L’illustre personnage est doté d’une voix exceptionnelle : il suffit d’essayer d’atteindre les mêmes notes que lui, sur la même octave et sans se péter une veine de front, pour comprendre que c’est un vocaliste fort compétent. Cependant, l’usage de son légendaire trémolo, résolument plus adapté à la musique épique de Rhapsody, atteint ici des proportions largement exagérées. Faisant sans cesse osciller sa voix de haut en bas, appliquant cet effet agaçant à des passages inopportuns, il brise l’unité mélodique de segments complets. C’est parfois tellement flagrant qu’il devient difficile de discerner avec précision la note fondamentale qu’il chante. Pourtant, la reprise de Judas Priest Touch of Evil montre le même chanteur dans un tout autre registre, la voix rauque au possible, conférant à la pièce la paire de couilles dont auraient besoin toutes les autres. «  Crime, Fabio, pourquoi tu chantes pas comme ça tout le temps ? », aurait-on envie de lui demander. Leone fait aussi étalage de son amplitude vocale sur l’intro de The Killing Speed of Time, où il se déchire le larynx façon pseudo thrash comme il le fait sur When Demons Awake de Rhapsody. Le résultat est ici beaucoup moins concluant. Note au groupe : ne pas essayer de jouer du thrash avec un son pareil.

D’une autre perspective, l’écriture de la musique demeure intéressante. Fading Shadows présente un excellent riff très dark, qui serait suffisant pour hisser la pièce sur un éventuel best-of du groupe. Outre cela, quelques titres un peu plus pop ajoutent de la valeur au disque : Streets of Laudomia et Violet Loneliness sont très accrocheuses. Que dire également de l’épique hymne rock céleste Out in Open Space et son refrain à un million de dollars cosmiques ? Encore une fois de l’excellent matériel qui n’est pas rendu à sa juste valeur à cause d’un manque de tonus et d’un chant mésadapté.

Thorsen a un jeu rythmique capable d’être extrêmement efficace, rapide et précis. Or, on ne sent pas la même fougue qu’auparavant chez lui. Son compatriote Federico Puleri ne s’illustre pas davantage. Une mention honorable revient tout de même au jeune claviériste Alessio Lucatti pour un travail colossal au niveau des orchestrations et des textures futuristes. Mais la véritable question qui est partiellement résolue par ce disque est que Michele Luppi demeure en tout point supérieur à Fabio Leone pour ce qui est de donner de la puissance à la musique de Vision Divine,  et qu’il a contribué à porter le groupe à son niveau actuel grâce à d’excellents albums comme Stream of Consciousness et The Perfect Machine. Ce 9 Degrees West of the Moon rate la cible par plus de 9 degrés, et ne se sauve du désastre que grâce à la qualité fondamentale de quelques pièces le composant.

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Critique par Jérôme St-Charles
Note 6.5
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