Dans la dernière année, le groupe Southern Cross aura réellement réussi à demeurer discret au sujet de l’avancement de son nouvel album. Malgré quelques annonces ici et là, on ne peut pas dire que cette formation de Québec ait été la plus bruyante au cours des mois qui viennent de passer. Pourtant, appelez cela le calme avant la tempête ou toute autre métaphore évoquant un coup de marteau inattendu au visage, le fait est que le groupe revient avec un album pour lequel il n’y aurait de meilleure expression pour le décrire que le mot ‘plus’. Southern Cross en 2009 ? C’est plus! Plus professionnel, plus mature, plus original et définitivement plus recherché.
La marge entre Rise Above et le nouvel album, Down Below, s’est franchie à pas de géant. Le titre de l’album décrit très bien le contraste entre les deux efforts ! Même en accordant au premier opus tout le crédit qu’il mérite, rappelons qu’il a été l’objet de plusieurs critiques parfois élogieuses, parfois moins positives. Lors du processus de composition de Down Below, Southern Cross a soit fait ses devoirs pour améliorer les points soulevés par les amateurs et les critiques, ou alors il a décidé qu’il renverrait la poussière droit au visage des détracteurs… c’est l’un ou l’autre. Le nouvel album est un excellent exemple du résultat auquel peut arriver un groupe dont les membres travaillent tous ensemble et pour un même but. Appuyé par une maturité acquise au cours du voyage que fut tout ce qui engloba le premier album, les membres de Southern Cross mettent leur jeu au profit des compositions. En effet, la cohésion entre chaque instrument dans les chansons est en béton et la musique est construite de façon tout aussi solide!
Down Below débute avec Weak and Sober, qui représente très bien l’ambiance générale de l’album sans pourtant en dévoiler l’ensemble des subtilités. On y remarque un changement radical de style pour Southern Cross, qui se rapproche brusquement de l’étiquette du métal progressif avec de forts accents sombres. Dans la hâte, on pourrait citer Evergrey comme influence principale pour la musique sur Down Below, mais il y a beaucoup plus à y découvrir. En fait, énumérer tout ce qui se passe sur le plan musical en y associant un nom à des fins comparatives serait un terrain bien glissant mais essayons tout de même d’avancer quelques exemples, à défaut de simplement dire que le groupe ne ressemble qu’à lui-même. À quelque part dans le clavier, on pourrait croire qu’il y a des petites touches à la Ayreon perdues au travers des ambiances élaborées qui rappellent les années psychédéliques. Ajoutez à cela une fine touche de hard rock des plus accrocheurs avec des accents de piano bien placés et vous avez une bonne idée de ce que peut être le jeu de Jean-Benoît Lemire au clavier. Pour ce qui est des guitares, le travail est nuancé de plein de subtilités qui se fondent toutes à merveille à la musique. A son tour, la section rythmique composée de la basse et de la batterie soude tout cela ensemble de façon efficace et juste.
Que manque-t-il? Allons, il fallait bien en parler! Celui qui a eu droit au venin de plusieurs critiques pour le premier effort, David Lizotte, est de retour en prêtant sa voix une fois de plus à la musique de Southern Cross. Cette fois cependant, ce sera une toute autre chanson que les gens chanteront après l’avoir entendu. Se tenant dans un registre qu’il maîtrise à merveille, David a cette fois beaucoup de crédibilité et transmet à merveille l’émotion lourde et adynamique des textes sur Down Below. Saluons l’articulation avec laquelle il exprime la mélancolie sans tomber dans le mélodrame vocal. Également, et c’est doublement frappant vu la clarté de son chant, mentionnons que David Lizotte est l’un de ces chanteurs francophones qui prononcent la langue anglaise avec une grande précision.
À ce point, il faut comprendre que Down Below est un album très lourd. Sombre en atmosphère et très touchant au niveau des textes, il aurait été difficile d’y aller avec un autre style que celui au tempo modéré employé par Southern Cross. À travers les neuf titres de l’album, le rythme ne varie que très peu en restant pourtant très loin de la rengaine. Il y a quelques passages plus rapides mais l’idée principale demeure la pesanteur des riffs. Cette densité est spécialement mise à profit à travers la production impeccable de l’album. En effet, sur celui-là, Southern Cross jouit d’un son large, présent et clair comme le cristal.
La variété des mélodies, les différentes approches rythmiques et les échanges vocaux entre la voix le clavier sont tous des signes de la grande inspiration qui a motivé l’écriture de Down Below. Les compositions sont longues, élaborées et, pour la plupart, bien travaillées. Les trois premiers titres, Weak and Sober, Open Scars et l’extrait Thirteen sont trois excellents tubes qui s’imposent très fermement comme étant des hymnes à la mélancolie profonde. Par contre, malgré un couplet très prometteur, on sent un essoufflement dans le refrain d’As Goodwill Falls. Peut-être un peu trop simple comparativement aux autres arrangements de la pièce, le refrain brise l’élan du reste de la chanson, qui a pourtant son lot de moments forts. Par contre, c’est probablement dans la pièce la plus rapide de l’album que le groupe semble se perdre le plus. Avec sa vitesse et l’alternance des voix agressives et chantées, Undisclosed propose une saveur plus ou moins adaptée à l’ambiance de l’album. Un peu de variété ne fait jamais de mal mais encore faut-il que l’idée directrice soit respectée, comme c’est le cas dans Something Vile, qui pourrait presque passer pour une version réussie d’Undisclosed. C’est d’ailleurs avec l’enchaînement de ces deux titres qu’on comprend que la force de Southern Cross réside dans le choix des ambiances et dans les envolées mélodieuses des refrains et des solos et non dans l’agressivité brute.
En gros, avec Down Below, Southern Cross démontre donc une originalité indéniable en s’aventurant sur un chemin qui est le sien. À l’intersection des avenues de Circle II Circle, Savatage et Evergrey, il y a maintenant ce petit sentier lugubre qui pointe vers le sud, celui de Southern Cross. Ce deuxième album pour le groupe s’éloigne de tous les courants actuels de métal tout en ayant une touche moderne tout à fait pertinente. De plus, vu la différence avec le premier, on peut même avancer le mot ‘découverte’ puisque Southern Cross en sera probablement une agréable pour plusieurs.