Après plus de 25 ans de carrière et une tonne de hits, la formation heavy / prog / power / néo classique / symphonique Rage nous propose en 2010 un nouvel album intitulé Strings to A Web. C’est leur combien-tième, demandez-vous les yeux tout écarquillés ? Je n’en ai aucune idée, il y a longtemps qu’on a perdu le compte. Disons 20 plus ou moins deux, on devrait être près de la réalité. Prolifique et constant au possible, le chanteur et bassiste Peavy Wagner a mené ce projet avec passion depuis ses débuts, ayant compris que la variété n’apporte que des bienfaits; que ce soient les membres de son groupe, l’orientation musicale, le propos ou sa coupe de cheveux, chaque album de Rage est une surprise à découvrir, qui ne déçoit jamais. Carved in Stone, le précédent disque, nous présentait un nouveau batteur, un retour à des pièces davantage « dans ta face », moins orchestrales, et un son plus cru. Qu’est-ce que Strings to a Web, le vingtième album du groupe (eh oui, je suis allé vérifier entretemps), nous réserve ?
Une seule réponse suffirait : du bon. Rage ne déçoit jamais, je l’ai dit, mais cette fois, on peut carrément parler d’agréable surprise. Strings to a Web, avec son nom un peu bizarre et sa pochette violacée semi inspirante, est tout simplement le meilleur album de Rage depuis un sacré bout. En effet, il contient tout ce que Rage fait de mieux dans un dosage quasi parfait. Le jeu de guitare virtuose et unique de Victor Smolski est utilisé parcimonieusement, tantôt pour produire des figures sidérantes de complexité, tantôt pour mettre au monde des riffs sublimes, de quoi rendre heureux des hordes de chiropraticiens, physiothérapeutes et autres spécialistes des cous brisés. Même si Smolski n’est pas le guitariste le plus original qui soit (il s’auto-plagie régulièrement), son efficacité à habiller les mélodies vocales de Peavy est déconcertante; on dirait que c’est toujours pile ce qu’il faut.
Ce qui m’amène à louanger ce qui contribue à faire de Rage une formule gagnante, le chant. Doté d’un registre vocal somme toute assez limité, Peter « Peavy » Wagner tire profit d’un timbre particulier et d’un exceptionnel sens de l’accroche. Le refrain de la pièce d’ouverture The Edge of Darkness est un excellent exemple : tout vient du chant, le reste de l’instrumentation se contenant de plaquer quelques accords simples, mais on ne peut plus métal !
Comme c’est le cas sur la plupart de leurs albums récents, l’ambiance qui se dégage du disque est ambigüe; on passe, parfois même à l’intérieur d’une même pièce, de la noirceur à la clarté, comme l’illustre à merveille l’excellente Into the Light… allez savoir si c’est songé ou non ! Cet état de fait est la signature de Rage depuis que Smolski et Wagner ont fusionné au niveau compositions. C’est une recette explosive que l’union de ces deux là, qui ont su, depuis l’album Unity environ, joindre leurs superpouvoirs, les ajouter à ceux d’un batteur d’expérience, pour en extirper une substance musicale peu commune.
La dimension orchestrale de la musique de Rage est toujours présente sur Strings to a Web, elle qui s’était faite pas mal discrète sur le précédent opus. Elle est cette fois savamment incorporée à la suite Empty Hollow, un excellent amalgame tout en progression mélangeant un nombre impressionnant d’ambiances et de textures.
À tous ces ingrédients, rajoutez des voix d’accompagnement parfaitement agencées, le jeu de batterie ingénieux de André Hilgers, des solos pas piqués des vers, et vous obtenez un album colossal, bien heavy et bien mélodique. Il est difficile de trouver des défauts à un disque aussi bien composé, sinon que certaines figures et mouvements sont parfois calquées sur du matériel antérieur de Rage… mais bon, après le quart de siècle de métal, c’est, en mon sens, amplement pardonnable !