Sale besogne de critiquer un disque de Primal Fear. Ce n’est pas parce que la musique est pratiquement inchangée depuis 8 albums que ça rend la tâche plus facile, au contraire ! C’est justement dans cela que réside l’attrape: comment ne pas tomber dans le relativisme, dans le comparatif, dans la subjectivité du commentaire sur l’originalité ? Ce n’est plus un secret, l’Allemagne est réputée depuis des siècles pour sa rigueur et son côté conservateur ; si une recette éprouvée fonctionne, pourquoi ne pas la réutiliser ? Ajoutez à cette philosophie le professionnalisme de Matt Sinner et l’énergie contagieuse de Ralf Scheepers, et on obtient une solide hypothèse: 16.6 Before The Devil Knows You’re Dead.
Primal Fear, au fil des années, a su cultiver la fidélité de son public et imposer son style de heavy métal classique et sans compromis. Ce huitième album ne fait pas exception au reste du catalogue du groupe et propose une collection de 13 pièces bien fignolées, encore et toujours situées dans le même univers semi futuriste, genre commando métal interstellaire. La direction conceptuelle semble plus mature que jamais, l’identité du groupe est à son paroxysme et la production signée Sinner est exceptionnelle; toutefois, ceux qui sont familiers avec le son du groupe trouveront que le grain plus naturel enlève un peu de puissance. Le mix semble s’être épuré au profit d’une composition plus organique, notamment au niveau de la batterie et des guitares, pour un résultat final plus cru qui donne l’impression que ce qu’on entend sort directement des amplificateurs sans passer par la console. L’impact sonore est encore une fois aussi franc et direct qu’un coup de masse de 30 livres dans un vaisselier rempli de porcelaine.
Les compositions de ce 16.6. (titre dont je cherche encore la signification) sont toujours aussi expéditives et délaissent subtilement le virage plus pop et feeling amorcé sur Seven Seals et New Religion. De véritables bombes de heavy/power métal s’enchaînent en rafale sur le jeu percussif de l’excellent Randy Black, qui ne semble pas se lasser des habituels 4/4 propres au genre. Mais il ne faut pas se leurrer, le batteur vancouvérois est un as de la subtilité quand on prend le temps de bien l’écouter. On peut en dire tout autant de chacun des membres du groupe, qui sont tous excellents. Soulignons l’ajout du guitariste suédois Magnus Karlsson, qui se joint fort bien à l’ensemble et qui signe plusieurs des pièces sur 16.6. L’équilibre de l’album est maintenu au fil de son déroulement, alternant bien les morceaux rapides (Riding the Eagle, Under the Radar, the Exorcist), les mid tempo bien huilés (Killbound, Smith & Wesson), la pièce épique (5.0/Torn) et même, pour une rarissime fois dans la carrière du groupe, une ballade acoustique où le chant est partagé entre tous les membres de Primal Fear. On se situe donc au croisement de tout ce que le groupe a fait dans sa carrière: heavy speed, lourdeur, symphonique, moderne et émotion.
Parlons un peu de Ralf Scheeper maintenant, car c’est lui qui fait de Primal Fear un groupe aussi pertinent. Celui qui a vécu dans l’ombre de Rob Halford pendant des années commence à récolter les fruits de ses efforts en étant désormais une référence mondiale dans son registre. L’imposant personnage confirme ce statut avec un travail parfait sur 16.6, adaptant à merveille son timbre à la signature des pièces. Doublant souvent ses lignes vocales d’un accompagnement haut-perché, Scheepers domine actuellement son créneau avec une justesse et une précision machinales. Son rendu sans failles est aisément perceptible sur la totalité des pièces, même si globalement, les lignes vocales sont moins extrêmes et impressionnantes que sur le précédent opus.
Après cette démonstration, notre hypothèse de départ peut être validée: pas besoin de chercher à réinventer une formule gagnante pour atteindre le succès. Primal Fear le prouvent depuis maintenant plus de 10 ans, même s’ils pourraient facilement faire de la musique beaucoup plus recherchée. 16.6 est un album honnête et bien travaillé qui pourra survivre étonnement longtemps dans votre lecteur, car, contrairement à trop de groupes qui cherchent à surprendre à tout prix, Primal Fear font ce qui, à mon avis, est l’essence du métal mélodique contemporain.