Tels des orphelins laissés à eux-mêmes depuis le pénible Psycho Circus en 1998, nous, les membres de la KissArmy, avons erré dans des ruelles sombres, vieux albums sous les bras, maquillage coulant, tout en ayant à subir les sourires narquois d’un nombre incroyable de détracteurs. Je n’irai pas jusqu'à dire que l’attente aura été longue, car à dire vrai, il n’y avait plus d’attentes et ce, malgré la super performance de cet été sur les Plaines ou de la plus récente au Centre Bell. Désillusionné? Peut-être. Réaliste? Oui. Tout le monde sait que Kiss rangera ses talons et costumes lorsqu’ils auront été intronisés au Temple de la Renommée du Rock’n Roll. D’ici là, ils tourneront de par le monde, auront produit une série ordinaire (Family Jewels) pastichée sur les Osbournes, imprimé de l’argent grâce à une opération de marchandisage sans précédent et ce, tout en subissant les départs, retours et frasques de Frehley et Criss…
Mais voilà que le 6 octobre, Sonic Boom abouti dans mon iPod et dès les premières notes de Modern Day Delilah, j’entends Paul crier Yeah!Yeah! et me voilà de retour dans les belles années de Destroyer et Love Gun. Est-ce que ce feeling va durer? À ma grande surprise, oui. Gene Simons est en feu, sa voix est juste dans le ton, il n’en fait pas trop, juste assez. Les riffs de basse sont circulaires et on se détache de la structure typique Kissienne des années 80. La basse est omniprésente mais croustillante par moments alors qu’elle glisse doucement dans Yes I Know. Les paroles sont tout ce qu’il y a de Kiss, avec des rimes faciles et prévisibles mais livrées avec une fraîcheur longtemps disparue. Même la pochette avec son design simple et Seventies se glisse bien entre Hotter Than Hell et Unmasked.
Qui n’a pas fredonné Tears Are Falling à un moment ou un autre? Soyez francs! Personne ne vous en tiendra rigueur et vous ferrez de même avec Say Yeah. Paul Stanley a retrouvé sa voix des belles années et la production de qualité supérieure offre un rempart solide aux élans vocaux de ce dernier. Pour ce qui est de Thayer et Singer, ils ne sont pas en reste et ils ont amené du talent et de la jeunesse dans la baraque. Alors que Thayer se laisse aller tout le long de l’album avec des solos intéressants sans être surfaits, (contrairement à Ace qui avait tendance à bousiller son œuvre), Gene et Paul lui laisse une pleine chanson sur When Lightning Strikes. Même procédure pour Singer sur All For The Glory qui contient un très bon solo de batterie et une performance vocale digne de mention. Alors que Never Enough pourrait se glisser dans leur set entre deux classique et on n’y verrait pas de différence, I’m An Animal nous ramène le Dieu de la Foudre en pleine forme avec un petit sourire en coin. J’ai peine à le croire et encore plus à l’écrire, mais c’est du grand Kiss, du Rock’nRoll, du vrai. Un album qui porte bien son titre et que j’écoute en me disant que l’Halloween approche et qu’à défaut de me maquiller et de me remplir la gueule de Ketchup, je renouvellerai mon adhésion à la KissArmy en hurlant Yeah! Yeah!…