Les années se suivent et ne se ressemblent pas toutes pour Gamma Ray, groupe phare du power métal allemand. Je dis pas toutes, puisque Gamma Ray a suivi un parcours un peu inégal ces derniers temps, après une suite d’albums presque parfaits depuis ses débuts. Kai Hansen, jadis un prolifique générateur de classiques, éprouve, dirait-on, quelques difficultés depuis le début du vingt et unième siècle. Il serait bien injuste de ne pointer que lui, c’est vrai, puisque tout le groupe collabore à l’écriture de la musique. Mais il revient à Hansen de définir la vision de son groupe, qui peine à produire des albums, je le répète, quasi parfaits à la Somewhere Out in Space, Land of the Free ou Powerplant. Est-ce donc un crime que de sortir des albums moyens après avoir frisé le génie et défini un style ?
Après un Majestic douteux et un Land of the Free 2 pas mauvais du tout, voici To The Metal, un genre de retour aux sources dans l’idée, mais pas dans la musique. Rien de nouveau au niveau son ou consistance : c’est du Gamma Ray sur toute la ligne. Mais est-il bon ? Mon avis : c’est un album vachement inégal, comportant des hauts et des bas bien nets. Alors que certains titres (dont les deux premiers, Rise et Deadlands) sont excellents et mémorables, certains autres tombent dans un flou de platitude qu’on n’a pas vu depuis longtemps chez Gamma Ray. C’est tristement le cas de No Need to Cry, une ballade pseudo expérimentale plutôt mal foutue, qui n’a de mérite que de rendre hommage au décès du père de Dirk Schlachter, bassiste de la formation. L’ensemble du disque est ponctué par une abondance de mid tempo à caractère plus heavy que power, plus mélodique que speed. Pas forcément mauvais, ce noyau de pièces vient cependant ralentir la cadence établie en début d’album.
La voix de l’illustre Kai Hansen semble un brin ramollie et manque un peu de conviction sur certains passages, comme s’il avait fait ses prises confortablement assis dans son sofa, bière à la main, comme le début de Empathy vous le fera sentir. On aimerait entendre plus d’audace, plus de screams, plus de puissance, quoi. To the Metal, n’est-ce pas sensé être un titre évoquant la passion de milliers de personnes sur terre, un hommage au fait que la musique métal existe ? Eh bien on ne le sent pas tant que ça, même sur la chanson titre, qui ne se veut ni plus ni moins qu’un Heavy Metal Universe refait. Il était diablement temps, vivement un peu de nouveau en concert !
On est donc à la mi-album et hormis les deux titres d’ouverture et deux ou trois bons passages dans tout le reste, c’est plutôt mince. Heureusement, il reste encore quelques trésors: Shine Forever, un vrai bon morceau de Gamma Ray tout en vitesse, en puissance, qui, croirait-on, nous téléporte à bord d’un vaisseau spatial perdu entre Alpha du Centaure et Orion, c’est fou ! On sent les lasers photoniques nous transpercer de tous bords, tous côtés, les trous noirs nous aspirer, les planètes entrer en collision, bref, du bon speed métal de Porte des Étoiles comme Gamma Ray nous a enseigné à aimer. N’oublions pas All You Need to Know, un tube à la vieux Helloween dont le refrain est chanté par Michael Kiske lui-même, et l’incontournable hymne à « l’importance de vivre pleinement le moment présent », intitulée fort à propos Time to Live, laquelle comporte des notes progressives intéressantes.
En définitive, To The Metal est un disque moyennement inspiré réalisé par des maîtres : ça ne peut pas être mauvais, mais les prouesses d’antan du groupe font espérer aux fans des résultats supérieurs. Plusieurs écoutes sont de mise, à plein volume de préférence, sans quoi To The Metal se retrouvera rapidement To The Recycle Bin, ou, si vous êtes noble et valeureux, To The fond de l’armoire à cd.