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Cannibal Corpse
  Evisceration Plague :: 21 janvier 2009

Vous souvenez-vous de ce qui rendait la première écoute du film Alien une expérience si intense et effrayante? Le fait que nous ne voyions que très peu le monstre induisait dans l’expérience visuelle une incertitude et un suspense qui glaçait le sang. Cela prouve justement que c’est souvent ce que nous ne voyons pas qui nous effraie. À cet effet, Cannibal Corpse nous offre une fois de plus une pochette d’album très modeste si on la compare aux oeuvres grotesques des vieux albums. Pourtant, sous cette pochette presque sobre, se cache un contenu des plus ignobles, prouvant ainsi qu’il ne faut jamais juger un livre à sa couverture. Après plus de vingt ans de massacre auditif, l’intégrité et la consistance des efforts de Cannibal Corpse ne semblent toujours pas s’essouffler.

 

Avec des pochettes d’album à la limite de la moralité, une prose morbide qui comporte plusieurs méthodes pour démembrer quelqu’un et une présence sur scène plus grande que nature, Cannibal Corpse a toujours su se démarquer des autres et rester à l’avant plan de la scène death metal. Vous en doutez? Combien de groupes de death metal peuvent se vanter d’avoir fait une apparition dans un film et joué à la fête d’anniversaire du fils de Cher? Evisceration Plague est le onzième album du groupe et il poursuit dans le même ordre d’idée que les autres, soit la tuerie. Par contre, cette fois, le nombre de décès est de loin supérieur. Au lieu de traquer une victime à la fois d’une chanson à l’autre, Cannibal Corpse opte pour la méthode Steven Seagal dans Urban Justice et y va pour l’anéantissement de masse!

 

La première chose qui frappe à l’écoute d’Evisceration Plague est que le tempo de l’album est drôlement saccadé comparativement au dernier effort, Kill. À ce niveau, les amateurs des saveurs plus accrocheuses du groupe seront ravis. En effet, bien que la vitesse soit au rendez-vous sur quelques titres, le carnage se fait souvent au rythme lâche d’un bulldozer. Même la frénétique To Decompose est coupée d’un lourd ralentissement dans le milieu. En ce qui a trait aux changements de rythmes, Evisceration Plague contient certaines des transitions les mieux exécutées du groupe à ce jour, rendant l’album fluide et efficace. Les titres de ce nouvel opus contiennent une fine balance de passages accrocheurs et d’assauts frénétiques, laissant une excellente impression à la première écoute. Se chronométrant juste en dessous des 40 minutes, une longueur de trop aurait suffi pour rendre l’album redondant. Heureusement, chacune des chansons sur Evisceration Plague sont intéressantes et se démarquent à merveille. D’ailleurs, il contient un peu plus de variété que le tome précédent, Kill.

 

S’il y a une chose que Cannibal Corpse a toujours maîtrisé à merveille, c’est bien l’habileté à composer du death metal lourd et linéaire, tout en y introduisant un certain niveau de technicité sans compromettre l’efficience de ses hymnes au dépeçage contre le gré de son prochain. Cette fois par contre, la technicité est plus subtile et restreinte. D’ailleurs, elle se fait spécialement sentir vers la fin de l’album, sur la Carion Sculpted Entity et ses multiples contretemps ou sur Skewered From Ear to Eye, qui comporte des riffs assez intéressants.

 

Lorsqu’un groupe a une carrière aussi longue que celle de Cannibal Corpse, on vient à en connaître les membres et même entretenir des attentes précises envers eux. Au niveau des performances individuelles, tout le monde y a mis du sien de façon à ce que les compositions s’en voient bonifiées. Le jeu de doigts arachnéen d’Alex Webster est au rendez-vous dans les lignes de basse qui défilent à une vitesse ridicule. Les riffs, les solos et les dissonances du duo de Pat O’Brien et de Rob Barret à la guitare sont fidèles à ce à quoi Cannibal Corpse a habitué ses fans. Pour ce qui est de la batterie, les bons vieux rythmes en deux temps de Paul Mazurkiewicz entrecoupés de blast beats très primitifs sont de retour. En fait, ce qui fait que Paul se démarque de tous les autres batteurs de death metal, c’est le fait qu’il ne joue pas de death metal! Il bat ses peaux comme le ferait un batteur de thrash ayant bu un Red Bull de trop. Cela dit, c’est George Corpsegrinder qui remporte le trophée de la performance qui se démarque le plus sur l’album. En effet, son vocannibal est plus clair et plus profond que jamais. Un peu comme un Tom Araya du death metal, Corpsegrinder est capable de cracher son venin à une cadence que peu de chanteurs peuvent émuler.

 

Les amateurs de longue date savent qu’aucun album de Cannibal Corpse ne renferme la même ambiance. Certes, la musique demeure toujours la même, mais la production diffère radicalement d’un album à un autre. Entre le son très lourd de The Bleeding, la clarté presque stérile de The Wretched Spawn et le son organique de Kill, le groupe parvient toujours à changer un peu l’ambiophonie de l’album. Tout comme Kill, Evisceration Plague a été produit par Erik Rutan. Ce dernier aurait très bien pu garder intacte la position des boutons sur sa console pour l’enregistrement du nouvel album, mais il n’en est rien! Cette fois, en utilisant une balance et un mix différent, Erik est parvenu à un produit encore plus lourd et précis que Kill.

 

On aura bien beau employer n’importe quel mot pour le dire, passer par n’importe quel chemin pour le faire, le dire en criant ou en chuchotant, en bout de ligne, Cannibal Corpse, c’est du Cannibal Corpse. Au long d’une carrière de plus de 20 ans de death metal brutal sans compromis, malgré la censure et l’absence de support médiatique, ce quintet sera tout de même parvenu à livrer un onzième album après en avoir vendu plus d’un million et demi. La fidélité des fans de Cannibal Corpse n’a d’égal qu’en la constance et l’authenticité du groupe à livrer la marchandise quand vient le temps de pondre du death metal de qualité. Pas de surprises, que de coups sûrs !


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Critique par Fred Laroche
Note 8.5
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  Auteur Fred Laroche
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