Morgue Dethroned
Critique par
Fred Laroche
''Extrême dans l'exécution, dans la présentation et dans la sonorité.''

Date de la critique: 22 novembre 2011
Compagnie de disque: Indépendant
Date du publication: 1 novembre 2011

Le deuxième album d’un groupe est généralement un moment difficile dans son évolution. D’une part, le temps de préparation du deuxième album est souvent bien moindre que la période accordée à l’élaboration du premier. Avouons aussi que l’élément de surprise est souvent un facteur mélioratif en faveur du premier album d’un groupe. Le projet d'un second album démarre donc souvent avec 2 prises et l’arbitre qui juge la manche scrute les moindres détails du jeu à la loupe. En une période tout de même assez courte depuis le lancement de son premier album, Morgue est de retour avec son successeur et doit faire face aux réalités contextuelles qui entrent en ligne de compte.

D’entrée de jeu, force est d’admettre que Morgue détruit à peu près toutes les présomptions possibles avec sa deuxième offrande. Sur Dethroned, Morgue montre une amélioration marquée sur à peu près toutes les forces montrées sur l’effort précédent. Si les influences du groupe étaient plutôt apparentes sur Flames and Blood, cette fois, on a vraiment l’impression que Morgue a pris possession de son propre style et démontre une maitrise totale de ses moyens. Il ne s’agit pas pour autant d’un style totalement original mais plutôt d’une expression unique et caractéristique d’un hybride qui est déjà familier, soit le black/death/2(pi)thrash/black –au-carré/racine de thrash… on s’en fout du style! C’est un métal extrême… Extrême dans l’exécution, dans la présentation et dans la sonorité.

À l’écoute de Dethroned, on se rend compte que Morgue a pris énormément de maturité depuis la parution de Flames and Blood l’an dernier. Bien qu’il n’y ait jamais eu de quoi en rire dans la musique du groupe, il y avait quand même certains extrêmes qui étaient poussés jusqu’à la caricature. Ne vous y méprenez pas, l’intention demeure la même : la véhémence, le blasphème, la brutalité et la hargne démentielle sont encore omniprésents sur toute la durée de l’album. On a simplement moins le goût de courir pieds nus dans les bois l’hiver avec une torche à la main à la recherche d’une église à bruler et d’une chèvre à fourr… ahem, sacrifier. Dès Heights of Babel, l’immersion dans l’univers brutal de Morgue est complète. Les riffs très lourds et rapides, les saccades, les arrêts et les changements de rythme s’y retrouvant sont tous d’excellents indicateurs de ce qui se retrouvera sur l’album à différentes proportions. Le niveau de pesanteur des riffs rappelle beaucoup le death metal de Deicide mais cette pesanteur est souvent accompagnée d’une couche de guitare à mi-chemin entre l’ambiant et le mélodique. Ce mélange est spécialement pertinent lorsqu’il est mis en valeur par la variété de la voix de Goliat, qui est inhumainement constant dans chacun des extrêmes qu’il exploite avec sa gorge.

Les neufs nouveaux titres compris sur Dethroned, incluant une courte introduction, bénéficient d’une  excellente production qui met en valeur les accents de la musique de Morgue. Bien que les mots nuance et subtilité soient à peu près inapplicables, la production rend vraiment justice à chaque élément d’un ensemble où il serait facile de perdre des détails vu la densité sonore de la musique. D’ailleurs, et c’est spécialement apparent lorsqu’on compare Dethroned à Flames and Blood, même la basse a trouvé sa place dans le mix final avec un son claquant et métallique. Nous avons donc le plaisir de découvrir un album qui ait une production en ligne avec son style de musique bien assumé.

Bien que la musique sur Dethroned ne demande guère d’attention aux détails, il est totalement injuste de penser qu’il est possible de faire le tour de ce que l’album a à offrir dès la première écoute. En effet, la quantité de riffs et de changements de rythmes dans la musique de Morgue lui mérite une grande valeur de réécoute. Par contre, la fluidité des compositions entre elles fait en sorte qu’il devient difficile de distinguer chaque chanson. Heureusement, cette impression disparait rapidement après quelques écoutes. Les contrastes comme celui retrouvé dans le début calme et sombre de Bloodstained Eden aident d’ailleurs à avoir quelques points de repère auditifs. Quant à la clôture de l’album, elle est assurée par la pièce Noyé dans la Fange, qui termine le tout avec une ambiance épique des plus satisfaisantes qui ne laisse pas l’auditeur sur sa faim.

Avec Dethroned, Morgue met la barre haute pour la suite. À voir l’efficacité avec laquelle il a relevé le défi de parfaire ce qu’il avait fait sur Flames and Blood, on ne peut qu’être optimiste par rapport à ce que le groupe pourra livrer à l’avenir. Si le mot Morgue n’a encore pour vous que l’endroit où nous finirons tous comme signification, il est grandement temps que vous sortiez de votre tanière et que vous découvriez cette tuerie musicale!

8.5



Flames and Blood
2010