On aura beau dire ce qu'on voudra, mais avancer que la scène thrash dans sa forme la plus crue se porte bien serait un peu exagéré. Pourtant, quelques irréductibles toujours aussi passionnés pour cette musique la maintiennent en vie en militant de façon un peu dispersée contre le faux métal. De cuir et de denim vêtus, ces guerriers courent les bars et les hangars pour assister à des spectacles si undergrounds qu'on y danse encore la valse toxique enseignée par Exodus, il y a plus de 20 ans. Jouant n'importe où, n'importe quand, le groupe Hatchet est l'un des fiers porteurs de l'étendard du thrash métal. Ce jeune groupe sort tout droit d'un des endroits les plus prolifiques pour produire en série des groupes séminaux de thrash de la première vague : la baie de San Francisco. Avec tout un héritage de culture ornée de clous à honorer, est-ce que le premier effort de Hatchet fera en sorte de faire apparaître un nouveau brodé derrière les vestes de denim aux manches coupées ? Quand toutes les notes sont jouées à une vitesse frénétique et ne se mesurent qu’en authenticité, il est difficile de faire autrement que d’atteindre le cœur des amateurs les plus puristes.
Comment diable le thrash métal a-t-il bien fait pour disparaître complètement au début des années 90 ? Alors que les gros groupes prenaient une tournure plus accessible pour assurer leur survie, qu’est-il arrivé à Heathen, Demolition Hammer, Hirax, Forbidden ou encore Dark Angel? Malgré la résurgence inespérée que connaissent présentement certains des groupes les plus importants de cette scène, il semble qu’un horrible trou noir demeure sur la ligne du temps de l’évolution du thrash. De nos jours, des groupes comme Avenger of Blood et Hatchet ramènent le son que tous croyaient mort et enterré. Il est injuste de dire que ce son très caractéristique a mal vieilli puisqu’il ne semble pas avoir vieilli du tout. Comme un adolescent en pleine croissance qu’on aurait oublié dans un cachot en quelque part entre 1983 et 1988, la musique de Hatchet ignore tous les courants musicaux actuels et tente désespérément de prendre sa place malgré ce qu’elle est.
C’est définitivement le calme avant la tempête alors que l’introduction de l’album est amenée par la pièce instrumentale Darkening Skies. Avec un impact similaire à celui de l’introduction d’Eerie Inhabitants de Testament, la frénésie débute avec Frailty of the Flesh. Bien que le groupe semble définitivement suivre le canevas américain pour les riffs et la structure générale des pièces, on remarque une légère influence européenne dans la voix de Marcus Kirchen. Dans cette musique où tout est rythme, le chant saccadé et expressif de Marcus rappelle parfois celui d’un certain Schmier avec une voix généralement monotone agrémentée de quelques cris aigus qui ne sont pas nécessairement sur la note! La musique est rapide et les riffs simples sont incroyablement accrocheurs. N’éprouvant aucune gêne à recycler une formule que plusieurs suspectent d’être usée à la corde, les guitaristes Julian et Sterling s’échangent couplets, refrains et interludes soutenus par un jeu de batterie qui ne pourrait être plus thrash.
Évidemment, il serait impossible de parler de thrash sans l’atmosphère bien unique que projette cette musique. Une guitare au son le plus rasoir possible, une basse qui claque, une caisse claire qui réinvente la définition du mot claire et une voix qui comporte encore plus de réverbération que celle des meilleurs chanteurs de douche sont tous des ingrédients indispensables pour une bonne production thrash. Il va sans dire qu’Awaiting Evil contient tous ces aspects avec en prime, une surdose d’aiguës dans le mix. S’il est facile de conclure que cet album ne comporte absolument rien de nouveau, pourquoi donc est-il si rafraîchissant? Le fait qu’il présente avec authenticité une musique que plusieurs nostalgiques veulent entendre depuis les belles années est certainement un facteur, mais il y a autre chose. En fait, le premier effort de Hatchet a été produit de façon a recréer une ambiance live des plus crédibles. Bien que précis dans leur exécution, il semble que les membres du groupe aient amené leur copie d’Apocalypse Inside pour s’en servir comme modèle. Aucun déclencheur numérique n’a été utilisé dans le but de stabiliser l’enregistrement. La performance individuelle de chaque membre se retrouve sur le disque telle qu’elle a été jouée.
Si le thrash metal n’est pas particulièrement reconnu pour laisser place à l’innovation et à l’originalité, disons que Hatchet a encore une fois fait mouche sur ce plan. Comme il a été évoqué plus tôt, la musique de ce quintet américain n’apporte rien de nouveau au style et ne se démarque guère plus lorsque comparée à elle-même. Aux oreilles du néophyte, l’abondance de riffs saccadés, de trilles, de progressions chromatiques et de solos à la limite de la mélodie feront peut-être de la première écoute une expérience répétitive. A mi-chemin entre sa force et sa faiblesse, il est difficile de déterminer si Awaiting Evil souffre vraiment de cette facette puisque qu’il s’agit d’un album extrêmement constant et réussi à captiver l’intérêt jusqu’à la dernière note.
Nous voici donc devant une réalité immuable : le thrash est une affaire de fougue et de jeunesse. Vous ne croyez pas cet énoncé? Comment expliquez-vous alors que des jeunes groupes, partout dans le monde, surpassent ou plutôt « sur-thrashent » même les pionniers qui tentent tant bien que mal d’embarquer dans le mouvement qui passera peut-être à l’histoire comme la nouvelle vague du thrash metal américain? Comme si les années 90 n’avaient pas existé, Hatchet présente aujourd’hui l’album que vous attendiez depuis Fabulous Disaster.