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Neuraxis
  The Thin Line Between :: 13 juillet 2008

Au Québec, lorsqu’on se réfère à la scène métal, on parle d’une véritable institution de musiciens instruits qui repoussent continuellement les limites de la technicité, de la brutalité et de l’individualité. Entre les Kataklysm, Cryptopsy et Martyr de ce monde, le groupe Neuraxis ne fait pas exception avec son hybride de métal qui fusionne la passion et la réflexion. La formation renouvelée, qui avait fait ses preuves lors de l’enregistrement de Live Progression l’an dernier, doit maintenant relever le défi de reproduire en studio l’intensité qui a fait le renom de Neuraxis, sans tomber dans le piège de l’émule parfait. Rappelons que The Thin Line Between est le premier enregistrement avec les deux plus récents venus, William Seghers et Alex Leblanc. Comme il est souvent le cas avec les membres appréciés d'une formation par leurs spectateurs lorsqu'ils quittent, on peut dire que les deux nouveaux ont de grandes bottes à chausser. Détrompez-vous, Alex et Will ne sont pas là pour revêtir les bottines de qui que ce soit! Ils ont amené les leurs… et elles sont renforcées à caps d’acier!

 

Les amateurs de métal ont compris depuis longtemps que les membres d’un groupe ont un lien direct avec le contenu d’un enregistrement mais que le contenant relève d’une personne tout aussi importante, à savoir ce membre supplémentaire qui opère depuis sa console. Pour The Thin Line Between, Neuraxis aura fait appel à Jeff Fortin, fameux pour avoir relevé avec brio le défi de remplacer Marco Calliari au sein d’Anonymus. Pour sa première collaboration avec le groupe, Jeff semble avoir travaillé comme s’il avait quelque chose à prouver. D’une propreté remarquable, le son de l’album présente la musique de Neuraxis en laissant briller toutes les textures dont sont capables ces Montréalais. Les méthodes de production modernes offrent des possibilités sans fin pour complémenter la musique et mettre l’accent sur les performances individuelles lorsqu’elles passent. En revanche, on reproche souvent à la technologie d’enlever l’âme de la musique avec les déclancheurs, simulations et les sons de synthèse. Ce reproche ne pourra certainement pas être fait à Fortin puisqu’il aura réussi à conserver l’aspect naturel des instruments. Quant au mix, attendez-vous à entendre la batterie en avant-plan. Les rythmes effrénés des nouvelles compositions sont projetés au devant de tous les instruments, incluant même parfois la voix, à un niveau qui semble parfois exagéré. On pense par exemple à certains passages de la pièce Versus, après laquelle l’auditeur est forcé de fouiller sa garde-robe et en dessous de son lit pour être certain que le batteur Tommy McKinnon ne s’y trouve pas…

 

Toujours est-il qu’il est plus qu’adéquat que le premier titre mentionné dans cette critique soit la précédemment suggérée Versus puisqu’il s’agit de tout un morceau de l’alliage de métal bien particulier que seul Neuraxis est capable d’assembler. En fait, si l’album semble commencer de façon un peu plus linéaire avec Darkness Prevails, tout devient couleur et intrigue alors que s’enchaînent Wicked, Versus et Deviation Occurs. Comme il est plus difficile de mesurer l’impact d’un changement de guitariste, contentons-nous de dire que William se fond à merveille au son de Neuraxis. Généralement plus caractéristique, changer de chanteur peut devenir un geste risqué, voir fatal, pour un groupe, s’il n’est pas posé de façon calculée. À ce niveau, même après avoir prouvé qu’il était capable de reproduire les lignes de chant variées de Ian Campbell en spectacle, Alex Leblanc fait preuve d’un désir de se démarquer qui en surprendra quelques-uns. Pour quelques amateurs un peu plus difficiles, la surprise s’élèvera peut-être même jusqu'au choc. Toutefois, le nouveau chanteur se montre très convainquant avec ses appels qui proviennent des bas fonds.

 

The Thin Line Between présente quelques-unes des rares tentatives de Neuraxis aux structures de composition plus épiques et étendues. En effet, la pièce titre dépasse les 8 minutes au chronomètre et nous guide à travers un amalgame de nuances et d’ambiances. Également, pour la première fois dans la chronologie de l’album, les occasionnelles contributions de Luc Lemay au chant se font entendre dans un passage agréablement dissonant qui segmente la pièce longue de plus d’un hochement de tête. De retour aux structures plus traditionnelles, Phoenix et The Oracle sont d’autres moments colossaux de l’album. En revanche, sans pour autant être des mauvais extraits, Darkness Prevails, Deviation Occurs et Dreaming the End souffrent peut-être un peu de leur linéarité.

 

Tout n’aura pas été dit sur l’album tant qu’un sérieux regard sur la pièce qui clôture l'effort n’aura été porté. En fait, The All and the Nothing pourrait très bien faire l’objet d’une critique à elle seule puisqu’il s’agit probablement de la meilleure composition et la plus représentative de ce que le groupe a à offrir. Elle commence dans le calme pour nous amener dans une ambiance apocalyptique de défonce musicale mur à mur. Comme un démon sortant d’une fissure dans l’asphalte lors du jugement dernier, Chris Alsop nous glace le sang avec un cri inhumain sur le riff principal qui est une étrange progression mineure d’un arrangement mélodique efficace. Décidément, The All and the Nothing pourra facilement faire office de trame sonore à la fin du monde…

 

Encore une fois, Neuraxis livre un album qui pourrait être comparé à une hache à double tranchant. L’efficacité de la musique de Neuraxis fait de la première écoute une expérience convaincante tandis que la complexité et la richesse font en sorte que l’intérêt aura une croissance et une longévité appréciable. Donc, lorsque le choc de la nouveauté sera passé, il est possible que The Thin Line Between se hisse aux positions les plus prestigieuses des palmarès personnels des amateurs du groupe. Chose certaine, déçevant demeure un mot absent du Petit Neuraxis Illustré.

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Critique par Fred Laroche
Note 8
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