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Motorhead
  Motörizer :: 19 août 2008

S’il y a un groupe duquel il est impossible de dire qu’il effectue un retour avec un nouvel album, c’est bien Motörhead. En effet, un peu comme les verrues au visage de son chanteur, ce groupe semble avoir la vie éternelle. Comme le vieux garçon qui réchauffe encore le même repas instantané de marque populaire depuis la puberté, Motorhead nous présente ce nouveau vieil album, comprenant cette vieille nouvelle musique, pour le même vieux bassin d’amateurs du groupe qui semble également avoir une longévité étrangement étendue. Ce nouveau venu, Motörizer, est le vingt-quatrième album d’un héritage de rock lourd dans sa forme la plus pure.

 

Après vingt-quatre efforts, il est clair que Motörhead a manqué la cible à quelques occasions. En fait, avec un groupe ayant une ligne du temps si vaste, il est presque facile de tracer une tendance dans la qualité des parutions du groupe. Dans le cas de cette formation anglaise, il semble qu’après un très bon album, les suivants se font sur les vapeurs de lendemain de veille, comme si l’inspiration venait légèrement à manquer. Après l’excellent Inferno, paru en 2004, il était évident que son successeur pataugerait un peu dans le fond de cendrier de taverne laissé par son apparition sur les tablettes ! Kiss of Death aura donc été un léger pas en arrière en terme d’efficacité. Eh bien, le lendemain de veille d’Inferno à l’air drôlement difficile car Lemmy et sa bande n’en semblent toujours pas remis!

 

Motörizer n’est pas un mauvais album de Motörhead puisqu’il comporte tous les ingrédients qui font que nous écoutons encore aujourd’hui le cocktail d’adrénaline, d’octane et d’alcool de ces rockeurs du Royaume-Uni. Dans une absence totale de subtilité, l’album ouvre en vitesse sur Runaround Man, une très bonne chanson lourde comme le fait si bien Motörhead. S’en suit l’obligatoire pièce au tempo modéré sur laquelle il est impossible de ne pas taper du pied. Teach You How to Sing the Blues est de loin l’une des pièces qui retient le plus l’attention sur Motörizer. Jusque là, on a droit à des bons riffs, du rythme et des refrains simples d’une dangereuse efficacité. Malheureusement, le reste de l’album n’est pas doté des mêmes qualités.

 

Vous vous souvenez de la fois où, dans la hâte, vous avez arrêté le four micro-ondes avant le temps prescrit sur votre emballage de Hamburger Helper? Vous souvenez-vous du goût qu’il avait? Oui, souvenez-vous de cet horrible goût de boulette déshydratée qui survient alors que vous atteignez le cœur de la bouchée encore a moitié congelée ! C’est un peu ce qui arrive avec Motörizer. On dirait que Lemmy a été pris d’une faim de loup à la sortie d’un bar et qu’il n’a pas laissé le temps à son plat de bien réchauffer. When the Eagle Screams ne possède que très peu de riffs. Ils auraient au moins pu être intéressants ! En plus de souffrir d’un entrain douteux, les enchaînements sont très lâches. One Short Life incarne ce tube fortement influencé par le blues qui semble être nécessaire sur tous les albums de Motörhead. Encore une fois, puisqu’elle a plusieurs homologues sur d’autres albums, il est facile de dire qu’il s’est fait mieux. Pour poursuivre dans le climat désinvolte instauré par les deux pièces mentionnées dans ce paragraphe, avouons que, dans Back on the Chain, même le chant monotone de Lemmy semble manquer de conviction.

 

Heureusement, comme pour tous les albums du groupe, Motörizer comporte quelques excellents morceaux de métal… non, disons ferraille puisqu’il est ici question de Motörhead ! Parmi les titres les plus réussis, on retrouve Rock Out, qui est rapide, entraînante et présente une rapide injection d’humour burlesque avec une invitation à rocker avec le membre sorti pour impressionner les dames. Évidemment, il est facile de prévoir l’apparition de cette pièce lors des prochains spectacles de Motörhead ! Pour continuer dans l’humour, il semble que Lemmy ait toujours autant de problèmes avec les filles ! Comme il en faut un à tout coup, English Rose est un hymne aux filles plus difficiles d’approche qui font baver tous les hommes victimes de leurs hormones. En ce qui a trait aux refrains mémorables, Buried Alive remporte le prix du meilleur refrain de l’album. Un autre succès assuré pour les prochaines prestations de Motörhead.

 

Même après 24 albums, il semble que Motörhead n’a toujours pas dit son dernier mot. Le moteur fait d’ailleurs le même son, pétarde autant et empeste toujours de la même façon. Si vous avez été un amateur de Motörhead à un moment ou à un autre de votre vie, cet album sera aussi agréable à entendre que n’importe quel autre de la discographie du groupe. Tel un roman savon que l’on néglige pendant quelques semaines de vacances et qui ne semble guère avoir avancé en notre absence, le son de Motörhead ne vieillit pas plus qu’il n'évolue.

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Critique par Fred Laroche
Note 7
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