Rhapsody of Fire From Chaos to Eternity
Critique par
Jerome St-Charles
''Le groupe conserve toujours sa largeur symphonique inégalée''

Date de la critique: 13 juillet 2011
Compagnie de disque: Nuclear Blast
Date du publication: 17 juin 2011

Rhapsody of Fire semblent plus prolifiques que jamais avec la sortie de From Chaos to Eternity, leur troisième parution en un peu moins de quatorze mois ethuitième album studio pleine longueur en carrière. Les maîtres incontestés du power métal symphonique annoncent du même coup la fin d’une autre méga saga épique qui n’a d’intérêt que la grandiloquence des thèmes musicaux qu’elle suggère à ses auteurs, MM Luca Turilli et Alex Staropoli. From Chaos to Eternity réalise-t-il l’exploit de faire mieux que son prédécesseur ?

Au-delà du banal « C’est pas mon genre », du commun « J’aime pas la voix » et du larmoyant « C’est toujours pareil »,la virtuosité et la profondeur des arrangements de la musique de Rhapsody sont des arguments difficiles à réfuter. From Chaos to Eternity excelle en ces deux qualités mais d’une façon plus nuancée qu’à l’habitude : les moments forts du disque ne sont pas tous apparents à la première écoute et nécessitent une exposition fréquente et prolongée avant de dégager toute leur pertinence. Mais une fois que le tri est fait dans l’immensité sonore qu’est From Chaos to Eternity, on a un album vraiment intéressant et surtout très varié – possiblement le plus varié de toute la discographie des autoproclamés Mighty Warriors of Metal.

Les inspirations et les surprises sont nombreuses mais le chant et les guitares sont les éléments qui se démarquent le plus au fil des neuf pièces du disque. Fabio Lione est encore une fois magistral et prouve l’étendue impressionnante des capacités de son gosier en alternant des passages opératiques, classiques, populaires ou furieusement agressifs ; le refrain de Aeons of Raging Darkness le met en valeur dans une belle galopade de screams abyssaux. Il fait aussi plaisir à entendre sur la pièce titre avec un « Saaaaaavemyyyyysouuuul! » bien lugubre, l’une de plusieurs nouveautés dans sa voix. Pour les pressés, la pièce Tornado est un bon moyen de capter la quintessence du registre vocal de Lione sur l’ensemble de l’album.

Ceux qui ont lu ma critique de The Frozen Tears of Angels l’an dernier se souviennent peut-être à quel point le jeu de guitare m’avait impressionné. Eh bien vous serez contents d’apprendre que Luca Turillia renoué avec son Médiator of Speed +3, un item magique vraisemblablement égaré pendant la période Triumph or Agony et retrouvé l’an dernier. Les parties de guitare sont inspirées et intéressantes à décortiquer, déchiquetant de façon incessante les passages les plus rapides ou appuyant les mouvements orchestraux à grands renforts de powerchords. Certains remarqueront aussi une nouvelle couleur dans le jeu de la guitare rythmique, et pour cause : Rhapsody compte désormais un deuxième guitariste officiel en la personne de l’Américain Tom Hess. Celui-ci a enregistré toutes les rythmiques sur From Chaos to Eternity, laissant à Turilli le soin de se concentrer sur les solos encore une fois un peu prévisibles mais toujours époustouflants. Avec l’arrivée de ce mystérieux Tom Hess (un coup de googlotron vous prouvera que le monsieur sait jouer), Rhapsody est maintenant et pour la première fois un groupe à quatre nationalités.

Revenons à la variété des morceaux présentés sur FCTE, car c’est un élément clé du disque, comme je l’ai évoqué plus haut. Bien entendu, le groupe conserve toujours sa largeur symphonique inégalée, ses pouets de trompette, ses ploum ploums de grand piano, ses glingglings de clavecin et son infatigable narrateur Christopher Lee. Malgré cela, Rhapsody of Fire surprennent avec des morceaux qui n’ont pas d’équivalent ailleurs dans le reste de leur discographie. C’est le cas de I Belong to The Stars, singulier mid-tempo teinté d’influences new wave / pop où Lione prend toute la place, supplantant l’extravagance de ses compères par des mélodies vocales accrocheuses desquelles seuls les soli de clavier de Staropoli semblent émerger. L’inévitable « balade » Anima Perduta est quant à elle vraiment ennuyante et aurait pu  être supprimée au profit d’un autre morceau plus énergique.

Le récit prend fin avec le plus long morceau du groupe en carrière, l’énorme Heroes Of The Waterfalls’ Kingdoms, véritable fresque musicale de près de vingt minutes en cinq mouvements magnifiques représentatifs de l’œuvre entière du groupe : baroque romantique, speed symphonique, power métal bombastique, instrumentaux néoclassiques et ambiances cinématographiques à grand déploiement.L’agencement d’autant d’influences dans une production si puissante et cohérente relève de l’exploit.

On peut ainsi parler d’un autre succès pour Rhapsody of Fire, même si From Chaos to Eternity est beaucoup moins facile à apprécier que le précédent opus. Comme un bon vin, l’album gagne à être généreusement aéré et dégusté avec patience. La leçon à retenir est que le retour triomphant de Rhapsody l’an dernier n’était pas un hasard, et que la direction artistique serrée de leur ancien label a vraisemblablement étouffé toute inspiration dans le groupe. On peut maintenant se demander ce que Turilli et Staropoli vont pondre maintenant que leurmythologie de personnages qui ont des noms qui valent cher au Scrabble ont terminé leur odyssée… je parie mes cheveux sur un troisième chapitre.

8.5

1
Ad Infinitum
2
From Chaos to Eternity
3
Tempesta di Fuoco
4
Ghosts of Forgotten Worlds
5
Anima Perduta
6
Aeons of Raging Darkness
7
I belong to the Stars
8
Tornado
9
Heroes of the Waterfalls' Kingdom
10
Flash of the Blade


Dark Wings of Steel
2013
The Frozen Tears of Angels
2010
Visions From the Enchanted Lands
2007
Triumph or Agony
2006
Live in Canada 2005 - The Dark Secret
2006
Symphony of Enchanted Lands II
2004
The Dark Secret
2004