La liberté dans l’expression et dans la créativité est quelque chose que tous les musiciens convoitent. Souvent, lorsqu’un brillant musicien se fait connaître par l’entremise d’un groupe, il entamera une carrière solo dans laquelle il laissera aller son esprit créatif sans les contraintes d’une vision externe. Finissant à l’école de musique d’Oliva, ayant participé à Savatage, Doctor Butcher et Trans-Siberian Orchestra, le guitariste Chris Caffery en est déjà à son troisième album depuis l’envol de sa carrière solo en 2004 avec Faces. Comme la pomme qui ne tombe jamais bien loin de l’arbre, Chris Caffery propose une musique fortement empreinte d’Olivisme, qui se veut l’art de pratiquer la musique à la manière de Jon Oliva. Volant en solitaire, voyons si ce New-Yorkais aura su tirer profit de son expérience pour mettre en valeur son talent comme d’autres ont su le faire.
D’abord, il faut se rendre à l’évidence, il va faire froid en enfer avant que Savatage ne produise un nouvel opus. Il n’y a donc rien de mal à ce que l’un de ceux qui jouait le mieux la musique de ce groupe en offre une qui s’en rapproche dangereusement pour satisfaire les gourmands, n’est-ce pas ? Avec Faces, Chris a prouvé qu’il était capable d’offrir un produit conforme à ce que les fans pouvaient attendre de sa part tout en lui donnant une touche bien unique. Dans le suivant, Pins & Needles, le guitariste se détachait légèrement des comparaisons avec Savatage pour offrir un son plus lourd et distinct. Avec House of Insanity, même si l’influence d’Oliva est à son paroxysme, Chris Caffery parvient à offrir un album sur lequel il impose efficacement son propre style.
Bien entendu, puisque le principal intéressé est un guitariste, il est facile de s’attendre à ce que les compositions tournent autour des bonnes performances à la guitare tant au niveau des riffs que des solos. Toutefois, l’album n’est pas axé que sur son jeu et permet de constater que Chris Caffery est aussi un bon compositeur. House of Insanity comporte son lot de bons tubes qui susciteront des réactions différentes chez chacun. Les amateurs de heavy metal trouveront leur compte avec des titres tels que Seasons Change ou I Won’t Know ainsi que la pièce titre. Les fervents de saveurs un peu plus progressives auront probablement un penchant pour Back’s to the Wall et Winter in Hamburg alors que House of Insanity offrira un pont pour permettre à ces deux types de fans de se rencontrer sur un terrain d’entente. Également, I’m Sorry et Madonna toucheront la corde sensible des enthousiastes de ballades. House of Insanity est donc un album varié qui explore toutes les facettes du métal traditionnel, du point de vue d’un guitariste très talentueux. D’ailleurs, la chanson à surveiller pour ceux qui aiment le style ''guitar hero'' est sans doute No Matter What, qui regorge d’élans virtuoses aux influences variées.
Sur ce point, vous l’aurez compris, Chris Caffery est un guitariste ! Oh, certes, il a également occupé le poste de choriste, mais a-t-il réellement ce qu’il faut pour prendre place derrière le micro ? Sur Faces, la voix rauque de Chris Caffery se mariait bien avec la majorité des titres qui traduisaient une certaine frustration autant dans l’attitude que dans les paroles. Quelques années plus tard, la voix de Chris semble s’être essoufflée au point qu’il échappe à l’occasion quelques notes. Même si son travail au chant est adéquat sur l’ensemble de l’album, certains passages sont laborieux et, puisque la voix est souvent ce qui ressort le plus dans une chanson, les erreurs sont peut-être trop en évidence.
À l’écoute de House of Insanity, qui est un album varié sur lequel interagissent plusieurs influences distinctes, on remarque un léger degré de confusion avec des idées douteuses qui n’auraient peut-être pas dû être menées à terme. Par exemple, la finale de Seasons Change arrive d’absolument nulle part, est totalement hors contexte et est à peu près aussi agréable que le caillot de crème qui remonte à la surface de son café le matin où l’on est déjà en retard ! Également, c’est bien beau l’influence Savatage mais il y a des limites à essayer de recréer les signatures du groupe ! En effet, dans Winter in Hamburg, Chris tente d’accomplir un de ces fameux canons qui ont fait de la pièce Chance un chef-d’œuvre. Pourtant, la reproduction identique de la composante théâtrale de la musique d’Oliva est réellement bien exploitée dans Back’s to the Wall. Allez comprendre…
En quelque part entre un talent débordant à la guitare et des idées plus ou moins réussies, House of Insanity comporte tout de même son lot de compositions mémorables qui en font un album intéressant pour tout amateur de Savatage et de son entourage. Cependant, il est important de mentionner que cet intérêt sera grandement amplifié pour les fans de bonne guitare rock. En bout de ligne, bien qu’il faille saluer l’audace et la détermination de quiconque entreprend la quête de l’expression artistique individuelle, il faut être réaliste et avouer qu’il n’est pas donné à tout le monde d’avoir les outils nécessaire pour s’en sortir de façon brillante. Chris Caffery n’a peut-être pas la discipline et la maturité d’un directeur musical de la trempe de Robert Kinkel afin de tirer le maximum de son propre talent. Heureusement, Caffery continue de mettre sa guitare et son charisme au service de Trans-Siberian Orchestra.