Que ce soit de façon consciente ou non, il aurait été difficile de faire preuve de plus de suite dans les idées en donnant au successeur de l'album In the Arms of Devastation un nom comme Prevail. Pour ceux qui n'ont pas saisi le lien, disons qu'il est difficile de faire autrement que de régner sur un style de musique dans lequel on vient de dévaster du même coup les masses, les sceptiques et la compétition. Si la mode de lancer des simples pour les extraits les plus accrocheurs d'un album s'adressait aussi au death metal, la formation montréalaise serait probablement la seule à pouvoir se permettre d'en sortir deux ou trois par effort. S'il s'agissait d'un groupe ordinaire, on pourrait dire que Kataklysm n'est pas sorti des sentiers battus pour ce neuvième titre mais puisqu'il est bel et bien question de ce groupe, il est plus juste de dire qu'il poursuit sa charge sur le champ de bataille et qu'il ne prend aucun prisonnier.
Paru deux ans après son prédécesseur, Prevail semble suivre le même canevas. On parle ici d’un album comportant une dizaine de titres au tempo généralement modéré, enrobés d’une pesanteur presque physiquement perceptible. Pourtant, cela n’empêche pas la pièce titre d’ouvrir le bal à une vitesse furieuse. Prevail comporte d'ailleurs beaucoup plus de vitesse qu'In the Arms of Devastation, rendant son assaut autrement plus violent. Il n’y a pas que le coup de poing auditif à la figure qui frappe dès les premières secondes d’écoute, il y a aussi le résultat de la combinaison de la production de J-F Dagenais et du mix de Jason Suecof. Pourtant d’une précision quasi machinale, Prevail jouit d’un son beaucoup plus organique que l’ensemble des albums plus récents de Kataklysm.
L’écoute nous amène à un exemple parfait de pourquoi ceux qui ressentent toujours le besoin de cataloguer la musique peuvent parfois associer le mot mélodie à la musique du quatuor québécois. Taking the World by Storm est un succès radiophonique auquel on a fait de bien horribles choses et qui a été transformé en monstre. Cet hydride de death metal et de métal dans sa forme la plus traditionnelle est un véritable Frankenstein de la musique lourde. Le titre suivant, The Chains of Power, est un morceau rapide ayant une forte saveur de la vielle école. S’il n’est jamais vraiment question de complexité dans la musique de Kataklysm, son efficacité est désarmante. Entre les riffs mitrailleurs et les passages rassembleurs, il est difficile de ne pas se laisser emporter par ces compositions qui prennent tout leur sens en spectacle.
Non seulement la musique de Kataklysm est accrocheuse à souhait, elle se caractérise par un contenu lyrique des plus motivateurs. Tel un général s’adressant à son armée de barbares, le chanteur Maurizio Iacono rehausse le moral de ses troupes avec une prose nietzschéenne portant sur des thèmes comme écraser ses ennemis, le surpassement personnel, la domination sur les faibles et la tolérance face à la douleur. Ce n’est pas un hasard si les refrains sur l’album Prevail soient composés de façon à être faciles à chanter à l'unisson puisqu’ils évoquent un poing solidement fermé porté haut dans les airs.
Définitivement, Prevail n’est pas un album qui se démarquera particulièrement dans la discographie de Kataklysm. Sans pourtant être le deuxième tome de l’un ou l’autre de ses prédécesseurs, il reste tout de même assez semblable. Devrait-on accuser le groupe de se répéter ou devrait-on plutôt y voir une approche unique au death metal qui se raffine d’album en album? On aura beau dire que la musique sur Prevail comporte beaucoup de déjà-vus, mais il faudra tout de même avouer que le seul groupe à nous avoir déjà offert ces passages se nomme Kataklysm. À travers un bon nombre de coups sûrs, le groupe fait preuve d’audace avec l’envoutante Blood in Heaven. Si une telle chose existe, décrivons cette chanson comme une death-ballade. Avec son rythme lent et son refrain puissant, cette pièce est à la fois risquée et originale. Outre quelques effets dans la voix, il est dommage que l’album ne comporte pas plus de passages expérimentaux car il contient la preuve que la formation en est entièrement capable.
Ce n’est pas avec ce neuvième effort que Kataklysm tentera des acrobaties pour tenter d’élargir son public ou conserver l’intérêt de celui déjà conquis. À la place, le groupe semble se concentrer sur l’amélioration d’une recette qui fonctionne à merveille. Il n’est pas tout à fait clair si cette formule rend la nouvelle musique de Kataklysm répétitive ou si elle fait de l’ombre à celle parue auparavant. Chose certaine, il semble rester du jus dans le citron et le groupe semble déterminé à le presser de façon stratégique pour tenter de rassasier les amateurs assoiffés de brutalité empreinte d’adrénaline.