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Martyr
  Feeding the Abscess :: 17 avril 2007

Il aura fallu 6 ans depuis la sortie de Warp Zone pour que la troupe d’ostrogoths bien d’ici nous ponde leur troisième effort studio. L’attente a été longue. Heureusement, à elles seules les 25 premières secondes de Feeding the Abscess suffisent pour nous convaincre que nous sommes en présence d’un album fort prometteur. Mais est-ce à la hauteur des expectatives ? Je dirais … heuh oui.

 

À noter qu’en 2002, la formation a dû se trouver un nouveau guitariste. C’est en la personne de Martin Carbonneau qu’un digne successeur à Pier-Luc Lampron est perçu. En feuilletant attentivement le livret, on remarque d’ailleurs que le nouveau venu est quelques fois crédité pour sa contribution à la composition de la musique; chose que Lampron n’obtenait que très rarement sur les albums précédents.  Toujours à propos du livret, quelques mots sur son graphisme s’imposent. On y illustre des personnages de sable suppliant des êtres robotisés qui sont reliés (ou nourris?) par un mystérieux filage électrique. Ça semble être porteur d’un message peu optimiste. Ceci étant dit, la scène est intriguante et incite vivement à l’écoute du disque.

 

Avec cet album, le groupe est clairement parvenu à une sonorité qui leur est davantage propre, sans que leurs influences ne disparaissent complètement. La production est excellente et permet d’apprécier pleinement la virtuosité de chaque musicien. Le jeu de François Mongrain à la basse est particulièrement efficace. Il est partie intégrante de ce son plus mature en ayant souvent une ligne mélodique qui se détache de celle des guitares et qui ajoute à l’ensemble une couleur imprévisible et parfois très prenante. Les guitaristes y vont d’une prestation fort appréciable où ils alignent dissonances cinglantes, rythmiques complexes aux changements de tempos abusifs et sporadiquement, quelques passages très mélodiques souvent à saveur progressive. L’auditeur fringant de solos où les arpèges défilent frénétiquement sera peut être un peu déçu, car ceux-ci sont plus sobres que sur les derniers albums et se démarquent davantage par leur originalité et la façon dont ils cadrent avec les différentes nuances de chaque pièce. À la batterie, Patrice Hamelin guide en maître chaque morceau dans un chaos de tempos instables avec une précision machinale. C’est au chapitre des voix que le groupe est le plus souvent critiqué et à ce niveau, la formule de Warp Zone est conservée avec certaines améliorations, mais peu pour parvenir à faire changer d’idée ceux ou celles qui boudent le groupe pour cette raison. Pour pimenter le tout, on retrouve quelques samples pertinents qui rappellent parfois Star Wars ainsi qu'un violoniste qu’il aurait pu être intéressant d’entendre plus souvent.

 

 

Si certains avaient des craintes que les collaborations de Daniel Mongrain auprès de Dan Bigras et de Bruno Pelletier (pour Dracula) puissent se solder en une perte d’agressivité musicale, rassurez-vous. Bien que le produit soit parsemé de passages progressifs peut-être plus abondants et plus savamment construits que par le passé, l’album compte néanmoins sur d’excellents moments culminants d’intensité, notamment en guise d’introduction des titres Perpetual Healing  [Infinite Pain], Havoc et Nameless, Faceless, Neverborn. Deux de ces pièces deviennent rapidement des incontournables de l’album, la première pour la richesse des nuances de ses différentes parties et la troisième pour un certain riff démentiel qui prend d’assaut à partir de la vingt-sixième seconde. Les autres morceaux sont également très bons et s’assimilent généralement en un nombre raisonnable ou plutôt supportable d’écoutes. Toutefois, l’exception en est une de taille. Un solide défi de décryptage réside en la digestion de l’apocalyptique Dead Horizon. Ce monument présenté en quatre parties saura récompenser la majorité des acharnés. Pour clôturer le tout, Brain Scan, reprise de Voïvod avec nul autre que Jean-Yves « Blacky » Thériault de la formation originale comme musicien invité pour assurer à la basse, permet à l’album de dépasser la barre des 48 minutes.

 

Somme toute, avec Feeding the Abscess le groupe s’impose de nouveau sur la scène Death/Technique/Prog. Cette scène se faisant toutefois de plus en plus populeuse, il serait sage de ne pas attendre un autre six ans avant de produire du nouveau matériel.

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Critique par Mathieu Francoeur
Note 8
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