Étant de ceux qui ont vécu les années 80 en écoutant Taptambour plutôt que Judas Priest, je les ai connus à l’époque Ripper Owens grâce aux magnifiques remasters. Je suis devenu fan en un temps record et j’ai rapidement trouvé, à travers cette époque, ce pourquoi j’aimais le métal. Vous comprendrez alors qu’après Angel of Retribution, j’attendais ce nouvel album comme ça ne se peut pas. Cependant, ni moi, ni personne ne s’attendait à Nostradamus.
On nous avait pourtant avisé qu’il s’agirait d’un album double concept sur la vie de Nostradamus. J’imagine que plusieurs, comme moi, pensaient que le concept se situerait au niveau des paroles avec quelques interludes bidon qu’on allait rapidement oublier en se faisant aller la tête au rythme effréné du « screaming metal » de Judas Priest. Si seulement nous pouvions savoir…
Si vous attendiez le nouvel album de Judas Priest pour brûler du « rubber » en hurlant comme des fous en mettant fin aux jours de vos vieux pneus d’hiver, disons que vous allez rester sur votre faim. Sachez une chose: quand Rob Halford, K.K. Downing et Glenn Tipton disent qu’ils composent un album concept, ils le font avec sérieux en respectant l’histoire et en se contrebalançant du reste.
Premièrement, et c'est de la plus haute importance selon moi, un album concept de rock ou de métal se définit surtout par les interludes, les orchestrations et l’habileté des compositeurs à sortir des sentiers battus de l’écriture de « riffs » pour étendre la musique plus uniformément. Judas Priest ont réussi ce tour de force d’une façon tout simplement stupéfiante. La performance, autant au niveau des interludes qu’au niveau des chansons, transcende les genres et surprend par des moments d’intensité éblouissante et d’harmonies sublimes.
Le plus satisfaisant est qu’on n’a pas affaire à des interludes d’effets de guerre douteux et de narrations risibles, mais bien de musique à sonorité classique construite sur une structure bien familière et métal. Il n’y a aucune interruption tout au long des deux heures de Nostradamus. Pour une fois, lorsqu’on nous annonce que le tout s’écoute comme une longue et unique pièce, on dit vrai.
Cependant, vous me trouvez telle la crème dans un beigne lorsque vient le moment de critiquer cet album du point de vue d’un amateur de Judas Priest. Une partie de moi est simplement ahurie devant la qualité de cet album et l’autre est déçue et ennuyée par la lenteur et lourdeur de la quasi-totalité des pièces de l’album. Je ne peux m’empêcher de recommander à tout amateur de rock ou de métal d’aller se procurer cet album et de se planter le nez dans le livret afin de constater le brio avec lequel Judas Priest raconte cette histoire. Je me dois cependant de le placer avec Rocka Rolla dans la liste des priorités pour quelqu’un voulant découvrir le groupe (bon d’accord… avant quand même…).
Peut-être est-ce moi qui m’attendais à la mauvaise chose, mais si on nous avait annoncé un album sous la bannière « Judas Priest presents Nostradamus, a Metal Opera (with one singer…) » de sorte à ce qu’on ne le place pas côte-à-côte avec les autres albums, le choc aurait peut-être été moins grand. Cela étant dit, cet album offre plusieurs pièces excellentes qui valent la peine d’être écoutées (Revelations, Pestilence and Plague, Conquest, Lost Love et Persecution, pour ne nommer que celles-là).
J’en conclus que Nostradamus est un album qui représente un travail immense et qui nous demande un effort non-négligeable afin de l’apprécier à sa juste valeur. Je l’écoute en ce moment avec un EQ bien creux du centre et à un volume frisant la dérision et je commence à me dire que Nostradamus en spectacle n’est peut-être pas une si folle idée après-tout. Seul l’avenir nous le dira.