On a tellement parlé de la résurgence du thrash dans les dernières années que c’est presque devenu une tendance. Enfin, l’élément de surprise est de moins en moins au rendez-vous… d’ailleurs, il ne faudrait pas que la qualité commence à manquer à l’appel! Est-ce que les tours de force de Testament, Exodus, Kreator ou Sacrifice dans les dernières années ont fait en sorte que tous les vieux groupes de thrash dont on parvenait très bien à se passer se sentent obligés de sortir un nouvel album? D’accord, Defiance a offert trois albums honnêtes dont deux qui sont particulièrement savoureux mais est-ce que quelqu’un s’en ennuyait vraiment? Le groupe est néanmoins de retour avec un nouvel album de thrash metal, tout ce qu’il y a de plus old school, intitulé The Prophecy.
Soulignons d’abord que le seul membre de Defiance ayant maintenu une activité significative dans la scène musicale est le chanteur, Steev Esquivel. Encore là, avouons que malgré son activité, le personnage s’est tout de même fortement éloigné de ses racines thrash avec son projet Skinlab, qui tentait désespérément de faire le pont entre Fear Factory et Machine Head… et que dire de Re:Ignition, dans lequel Steev jouait de la guitare dans un créneau beaucoup plus près de Soundgarden que du thrash de la baie de San Francisco! D’accord, Steev a revisité ses racines thrash lors de sa tournée avec Exodus mais les puristes du groupe témoigneront qu’il y amenait encore là trop d’influences modernes. Donc, 17 ans après Beyond Recognition, nous serions supposés trouver Defiance crédible dans ses démarches? Enfin, voici à quoi nous avons droit…
The Prophecy ouvre sur la pièce Prion, qui aurait pu donner un bel élan d’espoir si elle n’avait pas été aussi répétitive. Eh oui, répétitive à 3 minutes et 22 secondes, il faut le faire! Pourtant, tous les ingrédients du Defiance des belles années sont là, ou presque! Les riffs sont très directs et assez précis. On mise ici sur l’efficacité au lieu de la technicité. La musicalité est conservée pour les solos, comme c’était le cas sur Void Terra Firma et Beyond Recognition. Par contre, les riffs auraient bénéficié grandement d’un sens de l’aventure plus accru de la part de la main gauche des guitaristes. S’enchaîne la pièce titre, qui ramène le goût amère du souvenir de pourquoi Defiance n’a jamais percé de façon plus significative dans le passé : les chansons sont tout simplement ennuyeuse. Décidément, ce n’est pas donné à tout le monde de savoir quoi faire avec quelques riffs. Hey, les boys, il s’agit de la pièce titre… est-ce l’image que vous voulez coller sur l’album?
Voilà qui illustre assez fidèlement le reste de l’album. En fait, même après 17 ans, le groupe n’a pas du tout progressé. Il refait les mêmes erreurs que par le passé. The Bastard Son comporte quelques prétentions progressives et des passages plutôt intéressants mais ces progressions habillent une chanson un peu trop chétive au départ. Un maigrichon portant un Perfecto et des pantalons de cuir est encore un maigrichon… Heureusement, comme sur tous les autres albums du groupe, il y a quelques morceaux plus intéressants comme The War Inside, qui est particulièrement remarquable au niveau des guitares, plus précisément dans l’échange de solos à son milieu. Fuel the Fire fait preuve d’un peu plus de technicité avec ses riffs plus complexes et chargés en mélodie. Pour ce qui est de la pièce à recommander à tous, on pourrait y aller avec The Asthmaphere qui comporte pas mal tout ce que l’amateur de thrash moyen veut entendre.
Lorsqu’un album est raté, il est normal d’essayer de trouver un coupable. Dans le cas de Defiance, il va être difficile de ne pas pointer le doigt vers Steev Esquivel. Entre les refrains d’une ennuie morbide est les mauvaises imitations, nous sommes laissés à nous demander pourquoi ce type a un micro dans les mains. On se rappellera tous de sa performance sur Beyond Recognition puisqu’elle était une copie carbone de celle de Chuck Billy sur Souls of Black. Cette fois, Steev essai de reprendre ses vieilles influences en y injectant des nuances à la Fear Factory. Il ne parvient qu’à sonner comme un Burton C. Bell essoufflé ou un Chuck Billy qui a une infection pulmonaire. Ce serait si facile si le blâme ne revenait qu’à lui, on pourrait au moins se faire aller les cheveux sur les riffs… Mais non, la musique n’est guère mieux. Quelques bonnes idées perdues dans des chansons ennuyantes et insipides, voilà ce que nous sert Defiance!
Ce qui est le plus triste la dedans, c’est que cette critique ressemble étrangement à celle qui pourrait être faite de l’ensemble de l’œuvre de Defiance. Ce groupe fait partie des Série-B du thrash et n’avait aucunement besoin d’un remake. C’est bon pour les amateurs des retraits les plus obscurs du genre mais ne venez pas polluer une scène qui s’est très bien relevée sans vous. Les années 90 ne vous ont-elles rien appris?