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Cattle Decapitation
  The Harvest Floor :: 5 février 2009

En 2009, il est désormais possible pour un groupe métal de trouver sa niche dans un créneau extrêmement mince, qui dépasse souvent le cadre strictement musical. Alors que certains privilégient toujours une approche traditionnelle de leur art, plusieurs groupes misent sur une image forte et concise pour séduire l’auditoire, ce qui est très légitime, même si parfois ça va un peu loin. Dans le métal, nous avons plus de variété que dans tout autre genre : on a les pirates, les vikings, les chevaliers, les monstres, les soldats, les mutants de l’espace, les fanatiques de l’horreur viandeuse et de la boucherie, ceux qui militent contre la guerre et les puissances politiques, ceux qui parlent d’alcool et de moto, de marécages, du Diable, de Dieu, des pyramides d’Égypte et de mythologie; je n’en finirais pas de tous les évoquer. Un peu plus récemment, nous avons vu apparaître des groupes plus engagés, qui par leur musique et surtout leurs paroles tentent de faire réfléchir et agir la population. C’est ainsi que j’ai fait la découverte de Cattle Decapitation, fervents opposants au massacre des animaux pour des fins de consommation. Ainsi donc, après le Whalecore de Gojira, voici un nouveau sous-genre de métal engagé, j’ai nommé l’unique Grind-Cow de Cattle Decapitation.

 

Chaotique : c’est le meilleur qualificatif auquel je puisse penser pour décrire l’amas de sonorités stridentes qui compose The Harvest Floor, septième album de la formation américaine. Rivalisant de vitesse et de virtuosité, intercalant des changements de signatures de temps et de tempo à des endroits imprévisibles, le nouveau batteur du groupe David McGraw étonne. Son jeu de batterie, complètement anarchique en apparence mais calculé avec précision, fait partie de ceux qui repoussent les limites humaines. Celui que nous allons appeler Monsieur McGraw a de plus pris part à la composition des chansons proprement dites, conférant à Cattle Decapitation un petit côté technique particulier. C’est parfois à se demander comment il est possible de simplement composer ce genre de musique : des grinds et des blast beats complètement ahurissants se couplent à ce qui ressemble à du n’importe quoi, mais qui recèle en réalité une complexité qui ferait sans doute suer les soi-disant maîtres du métal technique actuel.

 

Mais The Harvest Floor présente aussi un honnête arrivage de bon vieux death métal classique, bien gras comme on l’aime. Des riffs pas mauvais du tout, dont la subtilité des arrangements de guitare et de basse est très audibles (grâce à une production plus que décente) viennent tempérer les élans complètement anarchiques propres au deathcore des plus extrêmes. Presque omniprésent au dessus de ce hachis sonore, les clameurs atroces de Ryan Travis rendent admirablement bien la souffrance et la détresse du bétail victime des traitements les plus cruels; celui qui milite pour les droits des animaux le fait sans doute avec une irréprochable franchise tant il excelle à les imiter. Les bruits de la basse-cour et de la ferme, il connaît.

 

Rajoutez à tout cela quelques sonorités expérimentales et bruits d’abattoir, et vous obtiendrez une soupe végé certes un peu amère et grumeleuse, mais qui nourrit comme aucune autre. C’est pourtant vrai : l’écoute de The Harvest Floor ne dure qu’un ridicule 37 minutes (un standard pour du grind, me direz-vous) mais est tellement dense qu’une pause est de mise à la mi-chemin.

Au-delà de la musique et du son, voilà donc que le métal maintient en vie un bassin de fans politisés qui utilisent leur médium pour faire circuler des idées et des valeurs. À leur tête, des vétérans comme Cattle Decapitation, motivés avant tout par le goût de faire du death gore grind – appelons encore cela du Grind-Cow (!) – sont possiblement en train de justifier à nouveau l’émergence de violence musicale, proche de la schizophrénie sonore, par l’extension de leur discours à des fins valeureuses. Un album comme The Harvest Floor combat la violence par la violence, et c’est admirable, qu’on endosse ou non son discours. Mais avant tout, c’est du métal extrême complètement fou qui mérite le détour, ne serait-ce que pour en déceler la complexité.

 


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Critique par Jérôme St-Charles
Note 7
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