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Anonymus
  Musique Barbare :: 21 janvier 2009

En 2003, une coalition aussi surprenante que logique nous présentait le condensé de violence gratuite L’Académie du Massacre, un album ma foi fort sympathique qui exploitait avec un sens du politiquement incorrect magistral des sujets aussi légers que Sébastien Benoît, la noblesse de la bière ou la succulence de la pomme de terre. Édifiant.

 

D’une part, un des groupes québécois les plus prolifiques : un bel assortiment de barbus et / ou de chevelus, musiciens énergiques et précis, dont les nombreux albums ont franchi les frontières de notre province, répandant le chaos partout sur leur passage. J’ai nommé Anonymus, un monument métallique incontournable de chez nous. D’autre part, un personnage plus grand que nature, l’enfant mal-aimé du showbiz québécois, l’ivrogne au verbe acerbe, notre infatigable et inimitable tout-croche de service, Mononc’ Serge. C’est donc un retour aussi imprévu que dévastateur pour Mononc’ Serge et Anonymus, qui nous présentent cette fois un disque intitulé Musique Barbare. Que ceux et celles qui croyaient que les limites de la décence et de la rectitude ne pouvaient être repoussées en 2008, sachez qu’elles ne sont pas seulement atteintes avec cet album, mais odieusement défoncées – tout  comme devaient l’être  Serge, Oscar, Carlos, Jef et Daniel à l’écriture des douze déflagrations qui composent ce disque.

 

Je dois l’admettre, rarement ai-je été jeté par terre de façon aussi brutale par un produit métal québécois. Et fiez-vous sur moi, j’en ai vu passer ! Ce disque-là incarne le vice et la déchéance, l’immaturité préméditée, les lendemains de veille et les vies gâchées, la pochette pue le fond de Wildcat tablette où flottent les mégots et la gratuité des propos tenus par Mononc’ feraient  mourir votre mère-grand sur le champ. Comme on dit ici, c’t’épouvantable !

 

À moins de se prendre pour le pire parvenu bourgeois p’tit doigt en l’air qui ne lit que le Devoir, ne jure que par Télé-Québec et qui connaît le programme annuel du TNM par cœur, Musique Barbare ne peut faire autrement que de transformer n’importe quel soubresaut d’indignation en désir irrépressible de s’en déboucher une et de se foutre de la gueule de quiconque a la malchance d’être la cible des mots incisifs et des riffs abrasifs du combo Serge/Anonymus. D’un niveau mental avoisinant – à première ouïe - celui de la puberté masculine, les textes de Mononc’ Serge demeurent néanmoins empreints d’une saveur « triste mais vrai » grinçante. Poète de malheur, vizir suprême de la rime et grand hobereau du mot juste qui fait mal, Mononc’ y va d’une performance magistrale sur Musique Barbare. Doté d’un organe vocal puissant, bonifié par l’alcool et la fumée, le débit avec lequel il laisse échapper des torrents d’insanités est absolument incroyable. Déblatérant avec une élocution sans pareil des paroles crues autant que songées, modulant ses intonations dans un grand registre d’expressivité, il livre à mon avis une de ses meilleures prestations en carrière. Avouons que l’ancien bassiste des Colocs n’a jamais été un grand chanteur, au sens « solfège » du terme; c’est pour cette raison que je soutiens qu’il devrait s’adonner définitivement à ce genre musical. De toute façon, comme il le répète d’ailleurs à maintes reprises, qui voudra de lui après toutes les monstruosités proférées sur cet album ?

 

Au niveau musical, on n’est pas bien loin de l’Académie du Massacre. Les pièces sont simples et  faciles d’approche, dénotant un évident désir de faire passer la pesanteur sonore avant les envolées virtuoses. Pourtant, dire que cet album est exempt de définition mélodique serait malhonnête. En effet, plusieurs des treize titres (en comptant un morceau caché) présentent au moins un solo pertinent, un interlude accrocheur ou un bridge original qui propulse le dit morceau vers de nouveaux sommets. Cela dit, Mononc’ Serge signe toutes les compositions, qui ont ensuite été adaptées au son très cru et graisseux d’Anonymus.

 

À la lourdeur typique du métal d’Anonymus et au lyrisme caractéristique de Serge, qui à eux seuls pourraient garantir le succès de l’album, s’ajoutent une multitude d’éléments ingénieux qui font de Musique Barbare une pure merveille qui fait plaisir à réécouter encore et encore. Citons en exemple un extrait parodié de « Honesty is such a Lonely Word » de Billy Joel, un pastiche bruni d’un hit des Beatles, la voix « vintage heavy metal » de Rick Hughes (du légendaire groupe Sword), des références on ne peut plus hétéroclites, des arrangements vocaux efficaces, et un indicible sens de la provocation et du mauvais-goût, tellement poussé qu’il devient une grotesque énormité que seul un crétin peut prendre au sérieux. Il suffit de remarquer l’aberrante autodérision dont fait montre tonton Serge tout au long de l’album… la pièce « Tout le Monde se Crisse de Mononc’ Serge » semble être une preuve évidente que tout doit être pris au deuxième, sinon au troisième degré.

 

Usant de propos orduriers pour décrier maintes réalités que personne d’autre n’ose aborder, Mononc’ Serge frappe dans le mille en s’alliant une fois de plus à Anonymus. Avec une production démentielle signée Jef Fortin (guitariste du groupe), Musique Barbare aplatit tout sur son passage en matière de métal « commercial » (les « » sont primordiaux ici) québécois. Gros  son, éclats de rire garantis, performance musicale très solide (le drummer Carlos Araya est timbré !), ambiance festive et comble du grossier : c’est Musique Barbare !


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Critique par Jérôme St-Charles
Note 9
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