Dans une année, il y a toujours quelques albums qui sont plus attendus que d’autres. Oublions l’année en cours, pour certains, le nouveau de Metallica est la parution la plus attendue de la décennie. L’album étant maintenant au seuil de nos portes, l’excitation atteint son paroxysme alors que du phénomène de la course à la première publication surgissent quelques critiques hâtives. Même si l’effet bulle de bain de la rafraîchissante pesanteur de Death Magnetic peut donner l’impression d’avoir aperçu le Père-Noël dans le ciel, il ne faut tout de même pas défaire son nœud de cravate. Il est important de regarder objectivement la musique pour ce qu’elle est réellement dans un contexte actuel selon lequel la qualité des compositions, l’originalité et la maturité importent encore.
S’il y a une chose qui ne peut être enlevée à Metallica, c’est bien de nous avoir offert un produit original avec une saveur unique tout au long de son existence. Que ce soit l’avant-garde des quatre premiers albums, la production de l’album noir, la légèreté radiophonique des deux ‘Loads’ ou même l’aberration auditive communément connue sous le nom de St-Anger, il reste qu’il est très difficile de trouver un autre groupe qui sonne comme Metallica, peu importe la période de sa carrière. Avouons que ces vétérans du métal américain sont des instigateurs de tendances et non des suiveurs. Sur Death Magnetic, le groupe offre encore une approche unique à une musique qui pourrait pourtant souffrir de tous les clichés. Aussi surprenant que cela puisse paraître de nos jours, Metallica parvient même à amener du nouveau dans la pièce Broken, Beat and Scarred. Le riff principal de cette pièce pourrait être décrit comme le mariage des influences du Moyen-Orient, qui ont jadis fait le son et le renom de Metallica, et un rock sudiste enlevant. Le résultat est aussi rafraîchissant qu’il est efficace. Sans vraiment réinventer la roue ni faire preuve de beaucoup d’expérimentation, le groupe parvient à n’être comparable qu’à lui-même.
Quels sont donc ces éléments qui font que Metallica ont un son si caractéristique, peu importe ce qu’ils font? Pour commencer, la voix unique de James Hetfield joue un rôle majeur dans la familiarité de cette formation. Bien qu’elle ait énormément évolué depuis l’assaut criard de Kill ‘Em All, elle n’en est pas moins reconnaissable. Malgré que la caricature de chanteur country enfermé dans un corps de musicien métal soit encore plus vraie que jamais, certaines lignes de chant sont drôlement entraînantes. Le seul problème en fait, et nous y reviendrons d’ailleurs un peu plus tard, est que la performance de James semble un peu trop forcée par moments. Un autre aspect très unique de Metallica réside dans le jeu de batterie de Lars Ulrich. Ayant de toute évidence appris à jouer entre les quatre murs du local de pratique du groupe, le style de Lars complimente à merveille les riffs de James à la rythmique. Les auditeurs un peu plus attentifs décèleront le retour des coups nuancés de hi-hat comme ça a fréquemment été utilisé dans les ballades de Metallica. L’exemple le plus frappant de ces nuances se trouve dans la pièce The Day That Never Comes, dans laquelle Lars est spécialement ingénieux avec les coups d’intensité variable pour se fondre à la mélodie de guitare.
Bien que ces deux aspects de la musique de Metallica soient déterminants pour sa sonorité, il reste que la performance individuelle des membres de la formation semble trop forcée par moments. Par exemple, James n’a jamais été un grand chanteur mais s’est toujours bien débrouillé pour ajouter dynamisme et énergie aux compositions. Sur Death Magnetic, il se permet des acrobaties qui font juste montrer à quel point sa voix s’est détériorée avec le temps. Certains efforts notoires doivent être soulignés sur quelques chansons mais il devrait définitivement s’en tenir à sa puissante voix de tête, ou ce qu’il en reste, plutôt que d’essayer de chanter comme il le fait sur Unforgiven III. Puisqu’on parle d’en mettre plus qu’il en faut, Lars se montre légèrement émotif avec des transitions qui fonctionnent plus ou moins. Le pire, c’est que ces transitions sont placées dans des pièces qui sont dangereusement longues. Metallica nous a souvent servi des titres dépassant les 7 ou 8 minutes mais il y avait un petit quelque chose qui venait briser la boucle et transformer ce qui se rapprochait d’une longueur en une agréable surprise. Il suffit de penser à Disposable Hero et sa transition répétée dans le désordre avant le dernier refrain pour voir le genre d’effet surprise que Metallica peut induire.
En s’attardant plus à la musique sur Death Magnetic, on pourrait croire que les membres de Metallica ont fait le tour de leur collection de records avant de se mettre à écrire. En effet, on remarque le retour des harmonies de guitare à la Thin Lizzy. Le début de That Was Just Your Life, la fin de The Day That Never Comes et quelques segments de The Judas Kiss en sont de bons exemples. Parlant d’influences, Hammet semble avoir vu en The Day That Never Comes sa propre Child in Time puisque le solo aurait pu sortir tout droit des doigts de Ritchie Blackmore. En plus des influences externes, on retrouve aussi certains éléments favoris de la musique de Metallica qui avaient été mis de côtés dans les dernières années. S’il y a une chose dont St-Anger était complètement dépourvu, c’est bien de subtilité et d’appels aux émotions. En revanche, dans le refrain de The Day That Never Comes, la guitare plaque les deux petites cordes pour donner de la couleur à un accord qui touche droit au cœur. Pas surprenant que cette pièce ait été choisie comme premier extrait puisqu’elle réuni tous les éléments dont s’ennuyaient les amateurs de longue date.
Dans sa chronologie, Death Magnetic croît en intensité jusqu’à un zénith qui arrive un peu trop rapidement. En effet, la pente montante entre le premier titre et l’excellente All Nightmare Long tient en haleine alors que s’enchaînent de très bons riffs, de savoureux solos et des refrains mémorables. Un léger creux survient alors que viennent Cyanide et Unforgiven III. La première aurait pu être une bonne pièce à tempo modéré mais l’interlude du milieu vient tout gâcher avec une batterie agaçante et des transitions douteuses. Quant à la seconde, si on met de côté le fait que son titre ne sert à rien d’autre qu’à des fins nostalgiques, elle illustre les limites vocales de James Hetfield plus qu’aucune autre chanson sur l’album. L’inspiration revient alors que commence The Judas Kiss. Pour cette autre pièce au refrain accrocheur, Metallica aurait dû s’en tenir à l’efficacité plutôt que d’essayer d’en faire une épopée! Vers le milieu, il y a dérapage et le bolide tarde à reprendre la route! Néanmoins, malgré sa longueur, elle est de loin supérieure au fiasco de pièce instrumentale qui aurait pu être une réussite médicale si utilisée comme remède contre l’insomnie. Quel dommage puisque cette abomination comporte l’un des meilleurs solos de l’album! Fort heureusement, l’album se termine en beauté avec My Apocalypse, qui comporte l’une des meilleures performances de James à la voix depuis des années!
En bout de ligne, devons-nous voir cet album comme un retour aux sources? A quoi bon? Commercialement, le groupe est toujours au sommet de son succès. Il nous livre aujourd’hui ce qui pourrait être le chaînon manquant entre …And Justice for All et l’album éponyme en terme d’ambiance, mais, avant tout, il livre un album de métal et c’est ainsi qu’il aura été disséqué. Il est plus que rafraîchissant de voir Metallica revisiter certains éléments clés de leur évolution. Il est facile de croire que les membres du groupe ont eu un plaisir fou et surtout sincère à écrire et jouer cet album. C’est à notre tour d’en avoir en l’écoutant, mais il faudra malheureusement en prendre et en laisser.